Ad vitam

de Pascal DUPIN
Policier/Espionnage

 
Ad vitam
322 pages
ISBN : 978-2-84859-019-6
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Résumé

Julien, mécanicien sur la centrale nucléaire de Saint-Alban et secouriste du travail est aussi un grand amateur de boules lyonnaises. Suite à un traumatisme crânien survenu au cours d’une compétition, Julien éprouve d’étranges sensations au contact des autres. Ces sensations lui confèrent en réalité d’étonnants pouvoirs qu’il découvrira au fur et à mesure de l’intrigue et qui vont le plonger, lui et ses proches, au cœur de l’enfer.
Illustration de la couverture : Pascal et Franck Perrot.

L'auteur : Pascal DUPIN

Né le 18 février 1959, Pascal Dupin a grandi à Unieux dans la Loire, près de Saint-Etienne. Rien ne le prédisposait à la littérature : plutôt meilleur en maths qu'en français, école EDF à partir de la Première, des sports de plein air (boule lyonnaise, football), une passion pour les bonsaïs...
C'est en novembre 2002, que la route de Pascal Dupin a croisé celle de la littérature. Se retrouvant en vacances forcées, Pascal Dupin s'est mis devant son ordinateur et a commencé à écrire. Trois mois plus tard, « Aroun » était fini... et l'aventure littéraire de Pascal Dupin ne faisait que commencer.
Pascal Dupin est membre de l'UERA, Unions des Ecrivains de Rhône-Alpes
Quelques librairies où vous êtes sûr de trouver les romans de Pascal Dupin :
Lucioles (Vienne), Pérotin (Péage de Roussillon), Préface (Firminy), Médiathèmes (Péage de Roussillon), Librairie de Paris (Saint-Etienne), Decitre (Lyon), Le coin des livres (Boulieu les Annonay)... et bien d'autres. Si le livre n'est pas en stock, commandez-le. Vous pouvez également vous le procurer sur les librairies en ligne alapage.com, chapitre.com, amazon.fr, aligastore.com, decitre.fr...




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Salon de lecture

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CHAPITRE 1

La partie s'avérait très serrée, boule à boule. Remplaçant, Julien trépignait d'impatience dans les gradins. Déjà une heure quinze de jeu, la moitié du temps venait de s'écouler et sa quadrette n'arrivait pas à se détacher au score. Dans les tribunes, les spectateurs appréciaient les phases de jeu très disputées... qui se déroulaient sans lui. Dans le petit boulodrome du Rhodia, chaque faute technique provoquait un brouhaha indescriptible de critiques individuelles.
Patrick, capitaine de la formation samauritaine, appela l'arbitre : Julien Delègue allait devoir effectuer sa rentrée en remplacement du pointeur de tête. Celui-ci donnait des signes de fatigue. Dix heures de jeu dans les jambes depuis samedi après-midi, il n'assurait plus.
Cinq à six au tableau d'affichage. L'équipe adverse, originaire de Lyon, venait de prendre l'avantage. Impressionné par le public, Julien rangea timidement ses deux grosses boules en bronze d'un kilo chacune dans le râtelier au fond du jeu. Il effectua quelques gestes techniques à vide pour se décontracter et évacuer la tension nerveuse. Des tribunes, il sentit certains regards jaloux s'attarder sur lui et tenta d'en faire abstraction. C'était la première fois qu'il atteignait le cap de la finale d'un grand prix de boules lyonnaises, un vieux rêve. Il ne pouvait plus maîtriser ses mouvements. Le trac ! Des fourmis inquiétantes parcouraient ses muscles dont la commande lui échappait partiellement. Des doutes lancinants l'empêchaient d'acquérir la concentration indispensable.
Pas veinard, le pointeur adverse positionna sa boule à trente centimètres du but. La quadrette locale se consulta sur l'option à prendre : privilégier le tir ou le point ? Le nouvel entrant, Julien, posait un problème. Après tout ce temps sans jouer, dans quelle forme allait-il se trouver ? Ses premières boules jetées seraient primordiales pour sa confiance. Autant ne pas le laisser mijoter plus longtemps, l'équipe décida de pointer.
Julien se dirigea péniblement vers la ligne de jeu. Ses tempes bourdonnaient doucement, des chuchotements rompaient peu discrètement le silence sur l'option adoptée et achevaient de le déstabiliser. Certains l'attendaient au tournant. Pourtant à l'entraînement, il appréciait ces gains de points délicats et en savourait la réalisation. Mais là, les conditions étaient différentes, il n'avait pas droit à l'erreur, dans son intérêt comme dans celui de son équipe ; il voulait éviter les ragots convenus à son égard et les réflexions qui ne manqueraient pas de fuser en cas d'échec. À ce stade de la compétition, toute maladresse de sa part serait rédhibitoire pour la suite : les adversaires ne laisseraient pas passer l'aubaine et son équipe en paierait les conséquences.
Dans sa main, la boule semblait plus grosse que d'habitude. Bien calé sur ses pieds, stable, il repéra sa portée et fixa l'objectif, une petite place entre le but et l'objet ennemi, ridicule à plus de quinze mètres de distance. Un tremblement le parcourut. Il tenta de faire le vide dans sa tête et hésita. Soudain, la mécanique de son geste se déroula sans qu'il eût conscience d'en avoir réellement donné l'ordre. Trop tard pour se corriger. Le bronze raclait déjà le sable fin sous l'impact et poursuivait sa course, laissant sur le sol une petite trace fine et droite. Surpris, Julien évaluait déjà son jet stéréotypé. Les remarques dans le public cessèrent. Chacun scrutait les facéties du parcours sur la boule qui se rapprochait dangereusement de la ligne de perte latérale. Prise de risque maximum. Heureusement, le dévers commença à jouer son rôle, la boule incurva sa trajectoire, enfin, échappant à un triste sort. Sa vitesse diminua sensiblement à l'approche de sa cible. Un dernier tour la fit s'appuyer contre sa rivale, frémir légèrement puis, la dépasser... Ouf ! Le coup venait de réussir.
- Super ! Bravo vieux, une reprise fantastique !
Ses coéquipiers lui tapèrent sur l'épaule en signe de reconnaissance, un tonnerre d'applaudissements secoua la salle. Julien respira en baissant les yeux, gêné. Un frisson de plaisir hérissa la peau de ses bras.
- Belle rentrée, chapeau !
Les adversaires piquaient du nez mais appréciaient, beaux joueurs.
- Bien, gone ! Je savais qu'on pouvait compter sur toi ! On va se battre pour l'emporter !
Le capitaine finissait de redonner le moral à son pointeur, important pour la suite.
La tension montait d'un cran à chaque passe. Tout pouvait basculer sur un coup de dés pour l'une ou l'autre des deux équipes. Il fallait un vainqueur. La fin du temps réglementaire approchait. Le public grondait de plus belle et soutenait moralement les locaux à grands renforts d'encouragements perçants.
Transcendés, les Samauritains jouèrent à la perfection jusqu'au bout. Dans l'ultime passe, les Lyonnais se retrouvèrent acculés à la faute.
- S'ils ne tirent pas le but, ils sont cuits ! chuchota nerveusement un de ses coéquipiers.
Julien priait intérieurement pour l'échec du tireur adverse. Il entrevoyait la possibilité d'obtenir sa première victoire en grand prix. Après tant d'années d'entraînement, son rêve allait enfin se concrétiser. Si seulement l'autre pouvait échouer... Un silence de plomb s'abattit sur le boulodrome, par respect devant la gravité de l'enjeu. Le tireur prenait son temps au fond du court et se concentrait au maximum. Tout reposait sur lui. Le public se pétrifia quand il s'élança, le dénouement était proche.
Julien suivit un instant la course aérienne de la boule puis reporta rapidement son regard sur la petite sphère de buis, pratiquement neuve et tant convoitée, qui attendait bêtement le choc, là, au milieu du jeu. Julien cligna des yeux de surprise quand la boule vint la fracasser. Il n'eut pas le temps de voir l'écaille de peinture blanche la recouvrant, gicler sous l'impact. Une douleur très vive lui emporta la tête. Pincé entre le bronze et le revêtement dur du terrain, le but venait de s'écraser avec une vitesse incroyable sur sa tempe.
" Merde, c'est foutu ! " pensa-t-il en perdant connaissance...

CHAPITRE 2

Depuis la fenêtre de sa chambre, son regard surplombant la haie de lauriers, Julien pouvait apercevoir le petit garçon allongé sur la chaise longue au milieu de la pelouse de la maison voisine. Célibataire, il venait d'investir ce F2 au deuxième étage d'un petit immeuble qui n'en comptait que trois. Il l'avait aménagé avec goût suivant les conseils de sa chère maman, à la fois heureuse et navrée de voir sa progéniture lui échapper définitivement.
Il observait l'extérieur en se cachant derrière le fin rideau, avec un sentiment de culpabilité mêlé de curiosité. Une envie honteuse et furtive de s'immiscer dans la vie privée d'inconnus, d'observer leur malheur tel un badaud alléché par le spectacle de ce qui n'arrive qu'aux autres. Pourtant, ce n'était pas tant par voyeurisme que par compassion qu'il ne pouvait détacher ses yeux de la scène de tendresse qui se déroulait en contrebas. La mère du petit bonhomme, qui devait avoir à peine six ans, s'affairait en permanence autour de lui, essayant de lui apporter tout le confort possible et d'occuper ses longues heures d'immobilité et d'ennui. Elle mettait tout en œuvre pour que celui-ci lui adresse de temps en temps un éphémère mais inestimable sourire.
Prenant conscience de son indélicatesse, Julien retourna à regret dans la salle à manger, s'astreignant à ne plus penser au drame qui se jouait à deux pas de lui. Il éteignit la télévision qui fonctionnait dans le vide : un grand home cinéma qu'il venait de s'offrir avec juste un petit crédit pour ne pas trop casser la tirelire.
Il n'avait le goût à rien. Depuis son choc à la tête et son évanouissement prolongé qui avait coûté la victoire à son équipe au Rhodia, il ressentait des trucs bizarres au contact des autres. Il n'osait en parler à personne, ni à ses parents ni à Vanessa..., surtout pas à Vanessa ! Il espérait que ce phénomène était passager, le temps de sa guérison définitive. Il évitait aussi d'en provoquer l'apparition qui ne manquait pas de se manifester au moindre toucher avec une peau étrangère... même à l'occasion d'une vulgaire poignée de main.
Il se décida à faire un peu de ménage. Il refit le lit, passa l'aspirateur et tenta d'éradiquer la poussière à grands coups de chiffons, sans grande efficacité. Mais au moins, si ses parents rappliquaient, cela limiterait les remarques désobligeantes de sa pointilleuse maman. À la moindre anomalie, cette maniaque des corvées ménagères pouvait se mettre immédiatement à l'ouvrage pour pallier ce manque d'attention, au grand dam du locataire en titre. Le jeune Delègue voulait acquérir son autonomie et sa liberté. Ce petit effort était un commencement, comme un encouragement, mais il n'aimait pas ça du tout.
Tout à sa besogne, il n'arrivait pas à chasser l'image du petit malade de sa tête. De quoi souffrait-il ? Sa convalescence semblait perdurer depuis que Julien avait emménagé, ce qui faisait quelques mois déjà. De son côté, le jeune homme avait à l'inverse tout pour plaire, ce nouvel appartement, un travail et la santé surtout. Face à tant d'injustice, il se sentait un peu honteux de si peu l'apprécier.
Des cris de détresse jaillirent soudain de la cour voisine. Julien se précipita à la fenêtre pour voir la jeune maman courir dans tous les sens autour de son petit garçon. Celui-ci ne bougeait plus. Elle se tenait la tête à deux mains complètement paniquée et usait d'un ultime réflexe pour appeler à l'aide. Il sortit en trombe, dévala l'escalier quatre à quatre sans même verrouiller sa porte, courut autour du bâtiment tout en composant le 18 sur son téléphone portable. Il franchit la haie de lauriers d'un bond. Une voix nasillarde se fit entendre à l'autre bout du combiné tandis qu'il retombait lourdement sur la pelouse. Son apparition brutale interrompit net les hurlements de sa voisine.
- Tenez ! dit-il à la femme en lui tendant le mobile. C'est les pompiers ! Expliquez-leur ce qui se passe. Je m'occupe du petit !
Elle s'empara du téléphone en le regardant comme si elle découvrait un objet insolite, paniquée. Julien s'agenouilla au pied de la chaise longue et serra la main de l'enfant dans la sienne. Lentement, un flot d'informations lui parvint au cerveau. Le phénomène constaté depuis son traumatisme crânien se vérifiait de nouveau, impensable et irréaliste... Un signal accentué, semblait-il, par le stress et l'urgence de la situation. Petit à petit, sans qu'il sût pourquoi, le diagnostic complet de l'état de santé du petit malade s'inscrivait dans son cerveau comme une évidence. Une pâleur extrême envahit alors son visage. Le constat médical brutal et irréfutable choqua son âme sensible. Julien leva alors des yeux douloureux vers ce petit corps inerte qui allait s'éteindre. Il n'arrivait pas à croire ce qui s'imposait à lui : l'enfant n'avait plus que quelques minutes à vivre. Il entendit à peine les paroles embrouillées de la mère :
- C'est mon fils... euh ! Six ans, je crois !... Il vient de faire un malaise, il ne bouge plus. Oh, mon Dieu ! aidez-moi, vite... Oui, cela fait trois ans qu'il est malade, les médecins ne savent pas ce qu'il a... Non, je ne sais pas s'il respire... Vous me faites peur, il y a un monsieur qui s'occupe de lui, là... Oui... Monsieur !... Monsieur, ils veulent vous parler.
Julien se saisit de l'appareil de sa main libre :
- Non, je suis un voisin... Il respire encore mais il est en train de partir... Non, je suis secouriste du travail... Croyez-moi, j'ai l'habitude. C'est grave, dépêchez-vous... C'est ça envoyez le SAMU. Vite. Cela devient extrêmement critique. Vous avez l'adresse ?... OK !
La mère hurla de terreur en entendant ces mots. Elle se jeta sur Julien telle une furie et lui fit perdre l'équilibre. Elle se mit à le secouer comme un prunier :
- Qu'est-ce que vous dites ? Il ne va pas mourir ! Vous êtes un menteur !
- Calmez-vous, madame ! Ça va aller ! Pas de panique ! Je ne suis pas médecin. Je voulais seulement qu'ils se dépêchent... Vous devriez appeler votre mari.

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