L'auteur : Pascal DUPIN
Né le 18 février 1959, Pascal Dupin a grandi à Unieux dans la Loire, près de Saint-Etienne. Rien ne le prédisposait à la littérature : plutôt meilleur en maths qu'en français, école EDF à partir de la Première, des sports de plein air (boule lyonnaise, football), une passion pour les bonsaïs...
C'est en novembre 2002, que la route de Pascal Dupin a croisé celle de la littérature. Se retrouvant en vacances forcées, Pascal Dupin s'est mis devant son ordinateur et a commencé à écrire. Trois mois plus tard, « Aroun » était fini... et l'aventure littéraire de Pascal Dupin ne faisait que commencer.
Pascal Dupin est membre de l'UERA, Unions des Ecrivains de Rhône-Alpes
Quelques librairies où vous êtes sûr de trouver les romans de Pascal Dupin :
Lucioles (Vienne), Pérotin (Péage de Roussillon), Préface (Firminy), Médiathèmes (Péage de Roussillon), Librairie de Paris (Saint-Etienne), Decitre (Lyon), Le coin des livres (Boulieu les Annonay)... et bien d'autres. Si le livre n'est pas en stock, commandez-le. Vous pouvez également vous le procurer sur les librairies en ligne alapage.com, chapitre.com, amazon.fr, aligastore.com, decitre.fr...
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Salon de lecture
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Le commissaire fit signe à deux équipes de regagner leur voiture pour les prendre en chasse. La situation se compliquait sérieusement. Il envisagea le pire en appelant le capitaine présent sur les lieux :
- Alerte la préfecture pour qu'ils nous envoient un hélico. Ils pourraient nous échapper.
Julien fut projeté sans ménagement dans la voiture et se retrouva coincé à l'arrière entre le faux moustachu et l'homme masqué qui tenait le sac avec le butin. Le chef du gang sauta à l'avant.
- Fonce ! hurla-t-il au chauffeur.
Les pneus de la Peugeot crissèrent sur l'asphalte. Joss enclencha la seconde avant que le moteur n'explose. Devant lui, la ligne droite menant à Péage de Roussillon ! Soudain, deux voitures de patrouille coupèrent le carrefour de la médiathèque pour leur barrer la route. Blanchard se planta sur les freins.
- Bordel de merde !
- Demi-tour, vite ! cria Franck.
Deux hommes armés émergèrent à ce moment-là de la bordure proche. Le chauffeur les aperçut au moment d'amorcer son virage. Il donna un violent coup de volant, monta sur le trottoir dans leur direction. En voyant la voiture foncer sur eux, les deux policiers reculèrent en titubant. L'un d'eux, dans la panique, laissa échapper un coup de feu. La balle fissura le pare-brise côté passager. Julien se recroquevilla sur lui-même. Le pilote chevronné braqua tout à gauche, laissant une partie de la peinture de l'aile avant sur les buissons d'épineux. Tel un pilote de rallye, il enfonça la pédale d'accélérateur en freinant de l'autre pied. Les roues arrières bloquées, la voiture partit dans un tête-à-queue contrôlé. La manœuvre permit à la 406 de ne pas perdre de sa motricité et de repartir sur les chapeaux de roue, cette fois-ci en direction de Saint-Clair-du-Rhône.
Les deux voitures de police perdirent du temps à se remettre dans le bon sens. La Peugeot filait déjà, loin. Blanchard frémissait de joie, fier de son exploit. Ses poursuivants ne rattraperaient pas un virtuose du volant comme lui, de plus il connaissait la région comme sa poche. La planque ne se trouvait pas très loin, ils y seraient vite en sécurité. Il tourna deux secondes la tête pour lire la satisfaction sur le visage de ses passagers. Un rictus de douleur remplaçait l'expression d'admiration attendue de son chef. Une tâche de sang progressait inexorablement sur sa poitrine.
- Boro, nom de Dieu ! Franck est touché !
- Ferme-la connard ! Pas de nom ! Continue comme prévu. On va s'occuper de lui. Contente-toi de conduire !
D'un coup, Julien ne vit plus rien. Son voisin venait de lui mettre une couverture épaisse sur la tête. Le colosse murmura à son intention :
- Tu n'essaies pas de savoir où on va et tu fermes ta gueule ! Alors tu auras peut-être une chance de t'en tirer.
CHAPITRE 15
Le lieutenant de police Fleugard avait ramené très peu de renseignements de ses investigations à l'hôpital de Firminy. Jérémie avait subi une banale appendicite sans complications... comme les autres disparus. Son dossier médical mentionnait un groupe sanguin peu répandu, AB+, et quelques autres particularités. Seul le médecin légiste serait à même de déchiffrer l'imbroglio des symboles de ses confrères et rechercher une similitude avec les autres cas. L'hospitalisation s'avérait être le point commun de tous ces enlèvements et le seul fil directeur des recherches en cours.
Le Parquet de Lyon envisageait la piste d'un réseau de trafiquants d'organes. La demande de greffes augmentait en France et les dons suite à décès ne suffisaient plus. Les temps d'attente pour l'attribution d'un rein, d'un foie ou d'un cœur s'allongeaient indéfiniment et de plus en plus chanceux était celui ou celle qui parvenait à en bénéficier. Certains riches français ou étrangers étaient prêts à payer le prix fort pour se retrouver en tête de liste, voire recourir à des voies illégales pour sauver un de leurs proches. Une source de profits mirobolante pour trafiquants de tous poils. Ce commerce inhumain s'effectuait en général depuis les pays pauvres vers la France. Les organisations criminelles sévissaient surtout en Amérique du Sud où leurs réseaux de drogue étaient déjà solidement implantés. La population, jeune et nombreuse, l'inefficacité de la police locale, parfois même corrompue, facilitaient les conditions de ce marché parallèle. Le seul problème restait la compatibilité. Le bon organe n'arrivait pas à la bonne personne au bon moment et la redistribution de cette marchandise illicite nécessitait une logistique importante et structurée. Chose difficilement concevable en France où le système de contrôle et d'inspection sanitaire laissait peu de place à l'extension d'un réseau complexe. Pourtant, il semblait que certains chirurgiens sans scrupules parvenaient à déjouer la surveillance policière et sacrifiaient l'intégrité physique, voire la vie, de victimes innocentes.
L'équipe de Fleugard pensait avoir mis le doigt sur une filière de ce type opérant dans la région. Le nombre de disparitions annuelles était impressionnant. Gendarmes et policiers ne disposaient pas de moyens suffisants pour tenter d'élucider le cas de chaque personne portée disparue et beaucoup d'entre elles ne réapparaissaient jamais. Idéal pour fondre des enlèvements crapuleux dans la masse !
L'hôpital de Firminy souscrivait un abonnement auprès de la société Gestimal, gestionnaire de leur base de données patients, comme les autres établissements concernés par cette affaire d'enlèvements. Cette société d'informatique prétendait son site inviolable et l'accès aux fichiers était strictement réservé aux médecins et à leurs propres services. Ainsi l'échange d'informations sur un malade de clinique à clinique ne pouvait-il se faire qu'avec l'accord du médecin traitant et après déverrouillage informatique des données concernant le seul intéressé.
- Quelqu'un a bien trouvé le moyen d'accéder à tous les fichiers ! confirma Belet.
Le lieutenant regarda le nouveau venu avec respect. Tout droit débarqué d'une brigade spécialisée dans la localisation de pédophiles sur Internet, il venait prêter main forte aux enquêteurs dans cette affaire. Ce surfeur de haut vol aidait ainsi ponctuellement certains services de police à leur demande pour des recherches sur le Web. Ce qui devenait de plus en plus fréquent avec le développement des réseaux de communication.
- Tu as pu déduire ça en si peu de temps ? interrogea Fleugard, sceptique.
- Facile ! Je viens de retrouver la trace d'une requête. C'est une sorte de classement informatique des malades remplissant les critères demandés. Cette sélection concerne un homme entre quinze et vingt ans de groupe AB+ et des tas d'autres conneries auxquelles je ne comprends rien.
- Fais voir !
Fleugard ne put que constater la ressemblance des caractéristiques médicales recherchées avec celles du dossier de Jérémie qu'il avait en main. Il reprit, bouillant d'impatience :
- Ça marche, les mêmes critères que pour le gamin disparu ! Tu peux avoir accès aux résultats de cette requête ?
- Sans problème ! Gestimal m'a ouvert les droits pour que je puisse interroger toute sa base. Voilà, ça tourne... On me propose trois personnes : une de Chalon-sur-Saône, l'autre à Charbonnière et la dernière à Firminy.
- Firminy ?
- Oui ! Un certain Jérémie Baju, c'est le plus jeune.
Fleugard se retint de sauter de joie. Cela paraissait trop simple.
- C'est notre disparu ! Tu peux retrouver l'origine de cette requête ?
- Ça risque d'être plus difficile. Autant le gars qui l'a lancée est nul en informatique, assez en tout cas pour oublier d'effacer des traces aussi évidentes que celles de ses recherches ; autant celui qui a conçu le programme de piratage est un virtuose du code binaire. Il mélange ses entrées et sorties dans le logiciel avec les accès normaux aux fichiers de tous les centres hospitaliers, si bien qu'il sera très compliqué de parvenir à le localiser, voire impossible.
Après une légère déception, une moue dubitative se dessina sur le visage de Belet. On pouvait sentir son envie d'en découdre. Quoi de plus excitant que de démasquer un pirate ? Son combat quotidien contre les pervers. Fleugard, lui, avait un sens de l'investigation plus traditionnel.
- En récupérant les autres requêtes faites depuis plus d'un an, n'y a-t-il pas moyen de faire des recoupements entre tous les médecins qui se sont connectés ?
- C'est faisable. Je vais écrire une routine qui sélectionnera automatiquement les terminaux connectés lors de chacune de ces recherches. Cela peut être assez long, par contre. Il faut d'abord que je vérifie toutes les disparitions et leur lien éventuel avec Gestimal.
- Fais vite, la vie d'un gamin est en jeu.
Fleugard eut une pensée pour Sylvie Baju qui se désespérait. Elle venait de l'appeler. Les quarante-huit heures arrivaient à expiration.
CHAPITRE 16
La voiture roula encore un bon quart d'heure avant de s'engager sur un chemin défoncé. Julien entendit une porte grincer. " On doit être à la campagne ", eut-il le temps de penser avant de se retrouver violemment expulsé hors de la voiture. Dans le noir d'une pièce, un bandeau remplaça rapidement la couverture qui lui couvrait le visage. Quelqu'un lui attacha les poignets dans le dos et l'obligea à s'asseoir par terre contre un mur humide.
- Tiens-toi tranquille ! lui dit une voix qu'il reconnut pour être celle de la brute. On a assez de problèmes comme ça pour pas se laisser emmerder par un petit con. T'as pigé ?
Julien acquiesça d'un hochement de tête. Dans sa position, il aurait du mal à tenter quoi que ce soit.
- Qu'est-ce qu'on fait pour le chef ? demanda l'ex moustachu qui tournait en rond depuis leur arrivée.
- J'en sais rien, putain ! Arrête de me poser sans arrêt cette question !
- C'est qu'il perd beaucoup de sang !
- Je sais, je sais !
Les deux individus n'avaient pas beaucoup de jugeote. Joss venait à peine de repartir remplacer la voiture volée par une autre. Un râle se fit entendre au fond. Franck n'avait pas encore perdu connaissance.
- Appelez le patron sur son alphapage, nom de Dieu. Le numéro est dans ma poche. Qu'il voie avec notre ami commun s'il peut faire quelque chose pour moi ! Magnez-vous le train ! Je suis en train de me vider. Faites quelque chose pour arrêter l'hémorragie.
Ben prit l'initiative d'appeler le service de messagerie avec le téléphone de la maison. Boro dansait sur place, trop gauche et incapable de réagir devant cette situation qu'il ne maîtrisait guère. Julien se demandait ce qu'il se passerait si leur chef venait à clamser. Apparemment, il était le seul à avoir un peu de bon sens dans cette équipe et, de toute évidence, ce n'était pas un tueur comme l'autre... Qui sait ce qui passerait par la tête de cet allumé s'il ne restait plus que lui pour prendre une décision au sujet de son avenir. Pour le jeune mécanicien, la situation s'aggravait sérieusement. Il devait tenter quelque chose.
- Je suis secouriste. Si vous voulez, je peux vous aider !
Borowitch se retourna vers le prisonnier, interdit et pantois. L'indécision le stressait :
- Qu'est-ce qu'on fait, Franck ?
- Libère-le, je veux pas crever bordel !
La brute desserra les liens de son hôte et fit sauter le bandeau. Julien remarqua immédiatement la forme allongée sur un vieux lit au fond de la pièce mal éclairée par l'ampoule nue du plafond. Les volets restaient soigneusement fermés. Une table et des chaises en bois constituaient le reste du mobilier. Le tout rendait l'atmosphère lugubre. Ben s'était éloigné dans ce que Boro avait appelé la cuisine pour attendre le coup de téléphone et préparer du café. Le blessé et le colosse avaient remis leur cagoule, signe rassurant : les truands ne pensaient pas se débarrasser de lui. Malgré tout, l'avertissement ne se fit pas attendre :
- Tu déconnes, tu essaies de te tirer, tu es mort !
Raphaël Borowitch pointa l'énorme canon de son arme sous le nez de l'otage en guise de démonstration. Le message ne pouvait être plus clair. Julien s'approcha d'Artéta et, sans attendre, entreprit de le dévêtir. Il pouvait sentir sur lui deux yeux perçants qui cherchaient à déceler chez l'otage le signe d'une éventuelle traîtrise.