L'auteur : Pascal DUPIN
Né le 18 février 1959, Pascal Dupin a grandi à Unieux dans la Loire, près de Saint-Etienne. Rien ne le prédisposait à la littérature : plutôt meilleur en maths qu'en français, école EDF à partir de la Première, des sports de plein air (boule lyonnaise, football), une passion pour les bonsaïs...
C'est en novembre 2002, que la route de Pascal Dupin a croisé celle de la littérature. Se retrouvant en vacances forcées, Pascal Dupin s'est mis devant son ordinateur et a commencé à écrire. Trois mois plus tard, « Aroun » était fini... et l'aventure littéraire de Pascal Dupin ne faisait que commencer.
Pascal Dupin est membre de l'UERA, Unions des Ecrivains de Rhône-Alpes
Quelques librairies où vous êtes sûr de trouver les romans de Pascal Dupin :
Lucioles (Vienne), Pérotin (Péage de Roussillon), Préface (Firminy), Médiathèmes (Péage de Roussillon), Librairie de Paris (Saint-Etienne), Decitre (Lyon), Le coin des livres (Boulieu les Annonay)... et bien d'autres. Si le livre n'est pas en stock, commandez-le. Vous pouvez également vous le procurer sur les librairies en ligne alapage.com, chapitre.com, amazon.fr, aligastore.com, decitre.fr...
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Salon de lecture
Chaque jour quelques pages à feuilleter
Vous pouvez lui dire qu'il me rappelle à la clinique. Je vous donne ma ligne directe.
Vanessa pâlit.
- Que se passe-t-il ? Rien de grave au moins ?
- Non, non, ne vous inquiétez pas. Il s'agit seulement d'une affaire d'ordre privé. S'il pouvait me rappeler dans la journée, cela m'arrangerait.
- Entendu, je n'y manquerai pas.
- Je vous remercie mademoiselle. Au revoir.
La jeune femme reposa le combiné, intriguée. À sa connaissance, Julien n'avait jamais mis les pieds dans cette clinique. Cela avait-il un rapport avec son hématome ? Était-ce si grave qu'on avait confié son dossier à cet illustre professeur ? Les tourments la reprirent. Pourquoi ne lui avait-on rien dit à l'hôpital ? De retour à son poste, elle mènerait sa petite enquête. En attendant, Julien devrait lui fournir quelques explications.
Le professeur Lefranc-Verney se posait lui aussi pas mal de questions. Que venait faire cette infirmière dans toute cette histoire ? Avait-elle un rapport avec la guérison du petit Baptiste ? Il sortit une carte de visite de son portefeuille et composa le numéro de l'agence de détectives.
- Oui ! Professeur Lefranc-Verney à l'appareil ! Vous vous souvenez de moi ?... J'aurais besoin de vous confier une autre enquête... Très bien, où pouvons-nous nous rencontrer ?... Quatorze heures cet après-midi au même endroit que la dernière fois... Entendu, à tout à l'heure !
Le médecin avait déjà fait appel aux services de cette agence quelques années auparavant pour dénicher le pirate informatique capable de percer les sécurités de Gestimal. Il avait d'ailleurs grassement payé leur efficacité et leur discrétion. Mieux valait assurer ses arrières. À quoi pouvait-il s'attendre avec ce Delègue ?
Il mit le reste de la matinée à faire les suppositions les plus folles, y compris celle de sa guérison. Il ne lâcherait pas le morceau aussi facilement. Il échafauda toute une série de stratégies... Cet homme était son dernier espoir.
Julien tomba des nues quand Vanessa l'assaillit de questions à son retour. Non, il ne connaissait pas cette sommité du monde médical et ignorait les raisons de son appel. Il désigna, sans convaincre la jeune femme, son hématome qui s'était résorbé, lui assurant qu'il ne ressentait plus aucune douleur. La jeune femme restait sceptique. Elle lui fit promettre de tout lui raconter dès qu'il aurait vu le professeur. Les doutes de l'infirmière l'assaillirent de nouveau quand le jeune homme refusa de téléphoner de chez elle sous un prétexte fallacieux. À l'évidence, il lui cachait quelque chose...
Julien coupa court à la discussion en s'enfuyant chez lui. Le seul lien qu'il entrevoyait avec la clinique Les Hirondelles venait du médecin du SAMU. Ce médecin curieux et perspicace qui se posait tant de questions sur la guérison miraculeuse des deux brûlés. Comment s'appelait-il déjà ? Il chercha dans sa mémoire : Maxime Barois, lui semblait-il. En avait-il parlé avec son chef de clinique ? Ce qui expliquerait que ce dernier ait cherché à le joindre. Cet appel ne lui disait rien qui vaille et il ne tenait pas à ce que Vanessa soit mêlée à cette histoire. Tant pis si sa confiance en prenait un coup, il pensait la protéger en la laissant dans l'ignorance. Elle qui voulait toujours tout savoir.
Arrivé chez lui, il lut le numéro écrit d'une main fébrile sur un post-it jaune et sourit : cette femme l'aimait vraiment ! Il était chagriné de lui causer autant de soucis. Il pianota les dix chiffres sur le clavier de son téléphone sans fil et prit une grande inspiration.
- Oui, j'écoute !
- Docteur Lefranc-Verney ?... Julien Delègue à l'appareil ! Vous souhaitez me parler ?
- Effectivement ! Le docteur Barois m'a parlé de vos exploits à la centrale nucléaire. Je vous félicite.
- Je vous remercie mais je n'ai fait que mon devoir.
- Beaucoup plus en vérité !
Les doigts de Julien se crispèrent sur le combiné.
- Vous voulez parler de la guérison ? Je ne peux rien vous dire de plus que ce que j'ai déjà dit à votre confrère.
La voix du chirurgien se fit plus mielleuse :
- Je crois bien que si. Je viens de discuter avec la maman du petit Baptiste...
Le silence sur la ligne dura une éternité avant que Julien ne réussisse à bafouiller quelques mots. Son visage avait pâli :
- Que... que voulez-vous ?
- Rassurez-vous ! Je suis médecin et je voudrais comprendre. Tout ceci restera confidentiel, bien entendu. Je respecte le serment d'Hippocrate... et votre vie privée, cela va de soi. Serait-il possible que nous nous rencontrions cet après-midi ? À la clinique de préférence.
- Euh !... Oui, je crois que je vais pouvoir me libérer.
- C'est parfait ! J'ai un rendez-vous important à quatorze heures. Disons dix-sept heures à mon bureau. Cela vous convient-il ?
Lefranc-Verney ressentait avec délectation la confusion de Julien en proie au doute le plus total. Il se disait qu'il serait facile d'abuser de lui.
- D'accord !... Où se trouve votre bureau ?
- Vous demanderez à l'accueil. Il est bien évident que tout ceci doit rester entre nous, n'est-ce pas ?
- Oui..., je suppose...
- Bien, cher monsieur, à tout à l'heure donc !
Julien laissa tomber le combiné sur le fauteuil du salon complètement abattu. Il aurait dû se douter que toutes ses interventions miraculeuses allaient réveiller la curiosité de quelqu'un. Qu'est-ce que cette femme avait bien pu lui raconter ? Malgré sa promesse... Dans son malheur, ce quelqu'un s'avérait être un éminent spécialiste, ce qui, espérait-il, limiterait la propagation de la révélation sur ses facultés. N'avait-il pas parlé de déontologie ? Il n'osait imaginer ce qu'il se produirait si ses pouvoirs venaient à être connus du grand public. Le nombre de sollicitations auxquelles il aurait à faire face, comment ferait-il ? Et les recherches sur sa personne pour découvrir son secret. Devrait-il subir de troublantes expériences par d'obscurs chercheurs ? L'armée, les services secrets... Son imagination fertile déroula dans son esprit toutes sortes d'hypothèses plus folles les unes que les autres. La migraine s'empara de lui, il attrapa une aspirine dans l'armoire à pharmacie. Le téléphone le rappela à l'ordre sur son fauteuil. Vanessa ? Bien sûr, elle ne le lâcherait pas !
- Alors, tu l'as appelé ?
- Oui !
- Que te voulait-il ?
- Rien ! Juste un complément d'information sur les brûlés à la centrale. Tu te rappelles ?
- Oui ! Que se passe-t-il ?
- Les médecins ne comprennent pas pourquoi les deux hommes n'ont aucune séquelle, surtout le plus atteint. D'ailleurs, il a déjà repris le travail.
Il ne mentait qu'à moitié.
- En effet, je me souviens ! On en parlait dans les couloirs de l'hôpital. Mais quel rapport avec toi ?
- Il voulait savoir si je pouvais lui apporter des explications supplémentaires.
- Ah bon ? Que lui as-tu répondu ?
- Ben rien ! Je ne comprends pas ce qu'ils recherchent.
- Mais j'y repense ! Tes collègues n'ont pas été admis aux Hirondelles !
- Non, mais le médecin du SAMU, qui est intervenu ce jour-là, est l'assistant du professeur Lefranc-Verney. Il m'avait déjà posé des questions à ce sujet le lendemain de l'accident.
- Bizarre ton histoire ! Tu es sûr que c'est tout ? Rien à voir avec ta tête ?
- Non ! Je n'ai pas été soigné là-bas non plus.
- C'est vrai. Je me fais des idées. Je m'affole trop vite... Bon, on en reparle ce soir... Tu viens vers quelle heure ?
- J'ai une course à faire à cinq heures, je passerai après.
- D'accord ! Je t'embrasse, mon amour. Excuse-moi pour toutes ces questions mais je m'inquiète pour toi.
- C'est compréhensible avec tout ce qui arrive. Ça va s'arranger. Moi aussi je t'aime.
Julien raccrocha, peu fier de ses mensonges. Pourrait-il tout lui avouer un jour ? Il l'espérait.
CHAPITRE 25
Julien se présenta pile à l'heure au bureau du chirurgien. Il avait passé le reste de sa journée à étudier toutes sortes d'échappatoires. Il n'avait pu joindre la mère de Baptiste, le standard de l'hôpital filtrait maintenant les appels à sa demande.
Que savait le médecin au juste ? Apparemment assez pour le mettre au pied du mur. L'effet de surprise passé, il se sentait plus à même de se défendre, de nier tout d'un bloc. Mais l'homme de science devait être sûr de son fait pour reconnaître l'existence d'un phénomène surnaturel et prendre ainsi le risque de se dénigrer aux yeux du corps médical.
Qu'attendait-il de lui ? Les renseignements succincts que Julien possédait sur lui se limitaient à sa réputation de chercheur reconnu et de chirurgien hors pair. Peut-être souhaitait-il seulement établir une sorte de collaboration pour orienter ses recherches. Dans ce cas, Julien se sentait prêt à y contribuer pleinement. Il se prenait même à rêver d'un monde utopique où la maladie n'existerait plus et dans lequel chacun aiderait son prochain en donnant de soi.
Le professeur vint lui-même le chercher à la porte de son cabinet après que sa secrétaire l'eut prévenu. Julien vit un homme d'une cinquantaine d'années, l'air affable et sympathique. Il se dit qu'il avait peut-être une chance de pouvoir négocier son silence. Il lui serra la main sans s'attarder comme il le pratiquait strictement depuis l'apparition de son don. Pour éviter les surprises désagréables. Le luxe du bureau l'incita à beaucoup de prudence, ils n'appartenaient pas au même monde. Lefranc-Verney le détaillait avec circonspection : ce gamin était-il capable des prouesses qu'il attendait de lui ? Il lui désigna le fauteuil des visiteurs.
- Asseyez-vous, monsieur Delègue. La conversation risque d'être longue.
Julien montra la table de soins derrière le paravent. Elle ne devait pas servir souvent.
- Vous allez m'ausculter ?
Le médecin eut un léger sourire en pointant le doigt en l'air dans sa direction :
- À part ce léger hématome sur la droite de votre tête, il semble que vous soyez en parfaite santé. Ce qui est d'ailleurs inhérent à votre âge. Essayez-vous de me faire croire que je pourrais découvrir quelque chose de spécial en vous examinant ? L'origine du phénomène qui ressuscite les gens par exemple ?
Ce fut au tour de Julien de sourire, tout en restant sur ses gardes.
- Vous exagérez ! À vous entendre, je ferais de la concurrence à Lourdes ! Non, j'essaie seulement d'aider les gens à se sentir mieux.
- Et d'autres à se sentir moins bien...
La réplique produisit l'effet escompté : ôter l'envie à son interlocuteur de continuer à faire de l'humour. Lui montrer aussi qu'il savait beaucoup plus de choses que ce Delègue ne le pensait. Le médecin reprit :
- Pardonnez-moi, mais sortir un enfant du coma et diagnostiquer l'intervention chirurgicale à pratiquer pour le rendre définitivement à la vie mérite mieux que le terme " aider à se sentir mieux ", vous ne croyez pas ?
- Un simple coup de chance ! Il ne faut pas croire ce que vous a raconté cette folle.
- Si elle était la seule !
- Les brûlés ? Simple coïncidence !
Lefranc-Verney pesa ses mots, bien décidé à ne pas le laisser se moquer de lui plus longtemps. Il tenait son homme :
- Vous oubliez notre tonton flingueur ?
Julien sursauta. Il regarda Lefranc-Verney, interloqué. Sans réfléchir aux conséquences, il lâcha :
- Vous l'avez vu ? Il se fait soigner ici ? J'y crois pas ! Vous savez qu'il est recherché par la police ?
- J'ai lu le journal. Il s'est effectivement fait soigner ici, mais il est ou plutôt ils sont repartis. Avec " l'aide à se sentir mieux " que vous lui avez prodiguée, il ne me restait plus grand-chose à faire... à part extraire la balle. Le lendemain, croyez-moi, il courait comme un lapin. Beaucoup plus vite que son collègue si vous voyez ce que je veux dire ?
Cet homme savait tout. Julien en restait bouche bée, impressionné et troublé. Qu'allait-il encore lui révéler ? Le chirurgien balaya ses derniers doutes en pesant bien ses mots :
- Je crois, monsieur Delègue, que vous possédez une sorte de don miraculeux permettant de régénérer la vie des uns... en pompant celle des autres. Corrigez-moi si je me trompe.
Julien s'enfonça davantage dans son fauteuil. Son secret n'avait survécu que quelques jours. Comment avait-il pu le démasquer aussi rapidement ? Il se qualifiait de naïf et d'irresponsable. Aucun détail ne semblait avoir échappé à ce médecin depuis que lui-même avait pris conscience de ses facultés et les avait mises en application.