Le couloir des âmes

de Pascal DUPIN
Roman

 
Le couloir des âmes
180 pages
ISBN : 978-2-84859-027-1
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Résumé

Victime d’un complot, le chercheur Arnaud Vallogne, sur le point de faire une découverte capitale pour l’humanité, voit sa vie familiale et professionnelle basculer.
L’étudiante Marie Desjardin s’initie malgré elle au spiritisme. Sous l’emprise du terrifiant Trincanato, elle va connaître une expérience douloureuse dans les couloirs de l’au-delà.
Entre meurtres, complots et disparitions, le commandant Fleugard tentera de sauver ce qui peut encore l’être, au risque de perdre ses convictions les plus cartésiennes.

L'auteur : Pascal DUPIN

Né le 18 février 1959, Pascal Dupin a grandi à Unieux dans la Loire, près de Saint-Etienne. Rien ne le prédisposait à la littérature : plutôt meilleur en maths qu'en français, école EDF à partir de la Première, des sports de plein air (boule lyonnaise, football), une passion pour les bonsaïs...
C'est en novembre 2002, que la route de Pascal Dupin a croisé celle de la littérature. Se retrouvant en vacances forcées, Pascal Dupin s'est mis devant son ordinateur et a commencé à écrire. Trois mois plus tard, « Aroun » était fini... et l'aventure littéraire de Pascal Dupin ne faisait que commencer.
Pascal Dupin est membre de l'UERA, Unions des Ecrivains de Rhône-Alpes.
Ne manquez pas de visiter le site officiel de Pascal Dupin, vous y découvrirez une mine d'informations sur ce romancier talentueux.




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Salon de lecture

Chaque jour quelques pages à feuilleter

Elle pourrait l’envoyer récupérer son magot au diable et profiter de l’occasion pour se faire la belle. Mais pour cela, il fallait qu’elle puisse explorer son environnement. Elle en était là de ses réflexions quand Trincanato se leva.
— J’ai l’impression que tu as enfin compris, dit-il d’un ton qui se voulait plus amène, il lui fallait en effet ménager son médium s’il voulait en obtenir les meilleurs résultats. Pour le reste, tu n’as pas à t’inquiéter, c’est moi qui te montrerai comment faire. Tu n’auras qu’à suivre le chemin qui s’ouvrira à toi le moment venu. Nous commencerons à la tombée de la nuit.
Il allait partir quand Marie parvint, non sans gêne, à lui demander de la libérer pour pouvoir aller aux toilettes, première étape de son parcours de reconnaissance.

CHAPITRE 12

Ils se réveillèrent tôt malgré une nuit agitée. Après leur réconciliation passionnée, Arnaud, obnubilé par l’éventualité d’un sabotage, n’avait pu fermer l’œil. Il repassait dans sa tête chacun des contrôles effectués pour trouver qui de ses collaborateurs aurait pu lui travestir la vérité. Ça ne pouvait venir que de quelqu’un en qui il avait toute confiance pour qu’il n’ait pas vérifié derrière. Avec Mathilde à ses côtés, il se sentait plus fort. Désormais, il ne lui cacherait plus jamais rien, contrat de confidentialité ou pas.
Lucas rejoignit ses parents au petit déjeuner, son nouveau jouet à la main.
— Papa, elle ne marche plus !
— C’est normal, mon poussin, il faut recharger la batterie. Je vais m’en occuper pendant que tu bois le chocolat que maman te prépare.
Le petit garçon, déjà curieux de tout ce qui touchait à la technique, regardait faire son père. Mathilde sourit en voyant son air étonné et lui tendit un bol et des tartines de confiture. Il ne s’y intéressa que lorsque le raccordement fut terminé.
— Dis maman, on va revenir habiter avec papa ? Je m’ennuie chez papy et mamie.
Elle jeta un regard complice à son mari et sourit.
— Eh bien, il faut que papa soit d’accord.
Arnaud fit un clin d’œil de connivence à son fils.
— D’accord, mais maman, on la garde ?
— Ben oui, elle fait mieux à manger que toi !
Le couple éclata de rire. Arnaud perçut l’intonation moqueuse de sa femme et renchérit :
— Bon, si tu y tiens mon garçon, mais c’est bien parce que tu insistes… Aïe !
Un coup de coude venait de partir dans ses côtes. La journée s’annonçait sous les meilleurs auspices.
Lucas prenait son bain quand Mathilde s’approcha de son mari qui semblait, tout à coup, très préoccupé.
— Tu es toujours décidé à y aller aujourd’hui ?
— Oui, c’est le seul jour où tu peux venir avec moi et je suis sûr que personne ne viendra travailler un dimanche, surtout après les résultats décevants de ces derniers jours. Je pourrai ainsi fouiller les ordinateurs de mes collaborateurs. Mais je suis pessimiste.
— Pourquoi ?
— Parce qu’il existe des milliards de possibilités pour faire échouer le système. Un paramètre soigneusement caché… il me faudra peut-être des années pour trouver.
— Et il ne te reste plus qu’un mois ! Alors autant ne pas perdre de temps !
Mathilde s’engagea dans l’escalier.
— Je termine la toilette de Lucas et on y va. J’en ai pour une seconde. Tu veux qu’on le dépose chez mes parents ou on l’emmène avec nous ?
Arnaud hésita quelques secondes.
— Non, ça fait un trop gros détour, il va venir avec nous. Il sera certainement très content de voir où travaille son papa. Et puis, pour le vigile, ça fera moins louche… une visite de famille. Quoique rien ne dit qu’il acceptera votre présence ; c’est la première fois que j’amène quelqu’un au labo sans une autorisation en bonne et due forme signée par de Granville lui-même.
— On verra bien. S’il ne veut pas, tu resteras toi et je viendrai te rechercher ce soir. On épluchera ensemble à la maison ce que tu auras trouvé.
Il la rejoignit sur la première marche et l’embrassa.
— Merci mon amour d’être aussi compréhensive !
— Oui, mais mets-toi bien ça dans la tête : que tu réussisses ou pas, après, plus question de travailler comme un fou, je compte bien te garder pour moi…

La voiture dépassa Bellevue et fonça dans les rues quasi désertes de Saint-Étienne. Il était encore tôt pour un dimanche matin. Ils atteignirent vite le Clapier où se trouvait la société Distravenir. La barrière du parking souterrain s’ouvrit après lecture du badge d’Arnaud. Par habitude, il avança sa voiture jusqu’à sa place réservée malgré la présence unique d’un autre véhicule, celui du gardien de permanence. L’ascenseur répondit instantanément à son appel, signalant illico leur présence à l’accueil grâce à la caméra située au-dessus de la porte. Le vigile, sans étonnement, les interrogea du regard dès leur apparition sur le palier, l’endroit ressemblait au guichet d’une banque.
— Bonjour Émile, dit Arnaud en exhibant son badge ! Autorisez-vous ma femme et mon fils à m’accompagner au labo ? Je voudrais juste leur montrer le lieu qui les prive tant de moi !
— Pas de problème, professeur Vallogne. Vous pouvez y aller !
Arnaud le remercia et se présenta, avec Mathilde et Lucas, au portillon électronique, surpris de la facilité avec laquelle ils avaient été acceptés. Il s’attendait à davantage de résistance, surtout en ce moment où sa tête était mise à prix. Mais, après tout, le personnel de surveillance n’était peut-être pas tenu au courant de toute la cuisine interne et, jusqu’à preuve du contraire il demeurait le chef du projet. Soulagé, il composa son code d’accès et précéda les siens dans le hall suivant. Celui-ci donnait directement sur le chantier des opérations par une baie vitrée assez épaisse. Mathilde fut très impressionnée par la quantité de matériel et la sophistication des installations qui s’offrait à ses yeux. Une multitude de câbles reliait entre eux des appareils dont elle ignorait totalement la fonction. Un ordinateur gigantesque trônait dans un coin, mais ce qui la fascina le plus, ce furent les fameux tubes de verre dont Arnaud lui avait brièvement expliqué le principe. L’un d’eux se dressait face à elle, derrière la vitre blindée. Un frisson la parcourut, ce banal cylindre était censé prendre et restituer la vie, incroyable. Depuis la veille, cette découverte avait du mal à se frayer un chemin dans son cerveau, auquel on avait inculqué, pendant des années d’études, des lois rigoureuses de mathématiques et de physique. La téléportation dépassait son entendement. Arnaud ouvrit le sas, ravi de l’effet que produisait le laboratoire sur son épouse, dernière touche de sa reconquête. L’ultime serait la réussite d’un transfert. Il se tourna vers son fils.
— Attention Lucas, surtout tu ne touches à rien. Chérie, tu le surveilles ?
— Oui, ne t’en fais pas, il est raisonnable ! Par quoi vas-tu commencer ?
— Je vais d’abord comparer les résultats des différentes autopsies. À part Viviane, personne n’épluche vraiment les comptes-rendus. Or, depuis quelques mois, j’ai remarqué qu’elle n’était pas tout à fait dans son état normal. J’avais mis ça sur le compte de la fatigue nerveuse, on est tous un peu à cran. Maintenant, au vu de ton hypothèse, c’est elle que je suspecterais en premier.
Il se dirigea vers un rayonnage couvrant tout un pan de mur et rempli d’épais classeurs. Il en choisit un et s’installa à son bureau. Le cri d’étonnement de Lucas ne lui fit même pas relever la tête. Le bambin venait de repérer la cage où s’ébattait une demie douzaine de souris blanches.
— T’as vu, maman, comme elles sont mignonnes ! Elles sont à papa ? Je peux leur donner à manger ?
Sa mère acquiesça. Il se saisit d’un morceau de pain dur rangé dans une boîte à côté et s’ingénia à l’introduire à travers les barreaux. Immédiatement, ce fut la ruée, les pauvres bêtes devaient jeûner depuis un certain temps. Une exclamation ravie accompagna la bousculade à ce casse-croûte providentiel. Mathilde sourit, elle était tranquille pour un bon moment. Un juron, cette fois, ramena son attention vers Arnaud, qui tournait, fiévreusement, les pages d’un classeur.
— Qu’est-ce qu’il y a, lui demanda-t-elle ? Tu as trouvé quelque chose ?
— Il y a une page identique dans tous les rapports, c’est incroyable. C’est la page qui traite de l’aspect cardiaque de l’animal après sa téléportation. Comme si on avait fait un copier coller.
— Et alors ?
— Et alors, il y a quelque chose que l’on ne veut pas que je sache !
— Comme quoi ?
— Comme les causes de la mort des souris par exemple !
— Tu peux m’expliquer ?
— Ça fait un moment que ça me turlupine, mais j’étais tellement sûr de mon équipe que je n’ai pas écouté ce que me dictait la raison. Mais si on émet l’hypothèse d’un sabotage, ça change tout : la souris pourrait être morte avant son transfert.
— Comment c’est possible ?
— C’est très simple : pour limiter le risque d’interférence provoqué par les mouvements de la souris, on l’endort avant. C’est une simple mesure de précaution, pas vraiment une nécessité. Viviane, qui est chargée de l’anesthésie, a pu provoquer un arrêt du cœur au nez et à la barbe de tous, personne ne vérifie ce qu’elle injecte.
— Le légiste aurait trouvé des traces dans le sang et vous aurait alertés.
— Oui, je pense qu’il l’aurait fait, il est consciencieux. Mais il est peut-être de mèche avec elle, on peut tout supposer !
Après un instant de réflexion, Mathilde avança une autre hypothèse :
— Il existe un autre moyen de tuer quelqu’un sans laisser de traces : il suffit d’introduire un peu de curare dans la veine pour que cela provoque un arrêt cardiaque. C’est pratiquement indécelable.
Arnaud se remémora les gestes de son anesthésiste et s’écria :
— Tu as peut-être raison. Viviane se tourne à chaque fois pour effectuer son injection, personne ne peut voir ce qu’elle fait… Elle peut aussi avoir mis le poison dans la seringue avant l’injection.
— Oui, mais pourquoi falsifier le rapport ?
— Une précaution supplémentaire pour orienter nos investigations dans une autre direction… pour nous faire perdre notre temps… pour que de Granville se lasse et nous supprime les subventions… enfin pour que le projet capote…
Tout s’enchaînait maintenant clairement dans la tête d’Arnaud et le soulagement se lisait sur son visage. Le doute laissait maintenant place à la certitude. Des mois qu’il travaillait sans comprendre, au risque d’en devenir fou. Il serra sa femme dans ses bras et, enthousiaste, conclut :
— Il ne nous reste plus qu’une chose à faire !
— Quoi ?
— Refaire le test pour en avoir le cœur net.
— Mais quand ?
— Maintenant ! Et si l’on s’est trompés, personne ne pourra saboter quoi que ce soit, on en aura le cœur net.
— Mais… avec Lucas, on ne risque rien ?
— De réussir, uniquement. Vous êtes mon porte-bonheur tous les deux. Derrière cette vitre, on est en sécurité, ne t’en fais pas, je n’en suis pas à mon premier essai !
— Il n’y a rien à préparer ?
— Rien. L’unité est opérationnelle. Depuis la première expérience ratée, nous n’avons mis en œuvre aucune évolution déterminante.
Arnaud s’activa à la phase de lancement avec ardeur. Il ne lui faudrait guère de temps ; à peine plus d’un quart d’heure pour allumer le dispositif et lancer le programme. Mathilde rejoignit Lucas, toujours absorbé par ses nouvelles amies. Elle lui caressa les cheveux, rêveuse. Comme les choses avaient changé entre hier, où tout semblait fini entre elle et son mari, et aujourd’hui. Elle participait à l’aventure avec lui et rien ni personne ne pourrait désormais les séparer.
La porte de la cage s’ouvrit, une main paternelle y plongea pour en extraire un spécimen.
— Je t’en emprunte une, mon poussin, on va lui faire faire un beau voyage, tu verras.
Visiblement contrarié, l’enfant regarda son père introduire la souris dans le drôle de tube et refermer la trappe,
— Cette fois, dit-il à sa femme, je vais réaliser le transfert sans l’endormir. Cela éliminera toutes les conséquences de l’anesthésie, sabotée ou pas.
La pompe à vide se mit bruyamment en route, faisant sursauter la mère et le fils, Arnaud venait d’enclencher le compte à rebours.

CHAPITRE 13

Fleugard et Billovant rentrèrent bredouilles de leur inspection.

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