L'Insaississable

de Nicolas Lefedev
Policier/Espionnage

 
L'Insaississable
473 pages
ISBN : 978-2-84859-007-3
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Résumé

Ces sept nouvelles policières tentent, avec bonheur, de faire pénétrer le lecteur dans le double monde des criminels et des policiers. Contrastes, énigmes, coups de théâtre, les nouvelles policières de Nicolas Lefedev ne sont pas dénuées de rebondissements, parfois osés, mais toujours réussis.

L'auteur : Nicolas Lefedev

Ingénieur et chercheur, c'est à la retraite que Nicolas Lefedev a pu trouver le temps et l'occasion d'écrire des essais policiers. Passionné de sciences et technologies de pointe et "fan" de l'écriture sur ordinateur, l'auteur s'est trouvé comme un poisson dans l'eau devant son écran, où il a laissé courir son imagination débridée, non sans introduire parfois des systèmes électroniques sophistiqués. En fait, il s'est bien amusé, à vous de le suivre dans ses fantaisies !
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Salon de lecture

Chaque jour quelques pages à feuilleter

Son conducteur n'entendit pas la sirène et ne vérifia si la voie était libre que de manière superficielle, sur la distance visuelle d'une voiture arrivant à la vitesse autorisée. Apercevant brusquement le bolide de la police, il freina trop tard et la voiture fit une embardée pour l'éviter. Au volant, le planton essaya désespérément de corriger sa trajectoire, mais le véhicule se mit en travers et termina brutalement sa course contre un réverbère.

Le chauffeur, protégé par ses air-bags, tant frontal que latéral, sortit indemne de la collision. Ce ne fut pas le cas pour ses deux passagers qui n'avaient pas mis leurs ceintures de sécurité. Perrin fut projeté contre la portière et perdit connaissance sous le choc, tandis que sa compagne s'envolait de son siège pour toucher avec une extrême violence le montant central gauche de la carrosserie.

Le planton, habitué à garder son sang-froid dans toutes les occasions, prévint immédiatement le SAMU pour obtenir d'urgence une ambulance et demanda ensuite au bureau de police le plus proche de venir faire les constatations sur place. Le chauffeur du poids lourd voulut exprimer ses regrets et expliquer son attitude, mais on lui ordonna sèchement de rester sur place et d'attendre les forces de l'ordre.

Agnès Malladier maîtrisa une forte douleur pour arriver à se déplacer et demanda à son patron comment il se sentait. Mais ce dernier restait inconscient. Affolée, la jeune femme dut attendre l'arrivée des secours. Sous le choc, elle commençait à divaguer : " Quelle poisse, je n'ai pas profité de notre séjour à Moscou pour l'apprivoiser. Depuis longtemps, je le trouve attirant. En outre, il est célibataire comme moi et dans notre métier il est presque impossible de trouver un ou une partenaire. J'ai vraiment été stupide. Maintenant, il me reste à pleurer !"

L'ambulance arriva à toute allure et le médecin décida de s'occuper d'abord du commissaire. Impossible de lui demander s'il parvenait à bouger les bras et les jambes puisqu'il était toujours inconscient. On décida de lui mettre une minerve autour du cou et de le sortir du véhicule avec toute la prudence requise. Ensuite, le médecin s'enquit de l'état de la jeune femme. Le diagnostic fut rapide et précis: clavicule et bras gauche fracturés. On l'embarqua donc dans la même ambulance, qui prit la route vers l'hôpital le plus proche, mais cette fois à allure normale.

Arrivée dans cet établissement, Agnès Malladier refusa de se faire soigner avant d'avoir prévenu sa brigade. Elle obtint Marcel Gassain au bout du fil et le mit au courant. Ce dernier, le plus ancien en grade, fut donc chargé de prendre la direction des opérations. Satisfaite d'avoir accompli cette démarche, la jeune femme revint auprès du médecin qui l'avait prise en charge et lui demanda ses intentions.

" Votre compagnon est pour le moment soumis à un examen complet de tomographie. Nous devons vérifier si sa colonne vertébrale n'a subi aucun dommage. Quant à vous, nous allons procéder à une simple radiographie pour voir dans quel état sont vos deux fractures. Si, comme je le crois personnellement, elles doivent d'abord être réduites, c'est un chirurgien qui devra le faire sous anesthésie. Ensuite, nous vous poserons un plâtre assez encombrant, depuis le cou jusqu'à l'extrémité du bras gauche.
- Cela va être bien agréable de porter ce monstre !
- Vous devrez supporter votre douleur, bien plus forte que la gêne d'être ainsi handicapée. Mais nous vous donnerons les médicaments appropriés. Néanmoins, si vous parlez de vous déplacer et de quitter l'hôpital, je dois vous mettre en garde : vous devrez rester quelques jours en notre compagnie.
- Et mon patron ?
- Là, tant qu'il n'a pas repris connaissance, je suis obligé de le garder. Dès que nous aurons les résultats de la tomographie, nous verrons la suite des soins à lui donner.
- Pensez-vous qu'il devra être opéré, lui aussi ?
- C'est trop tôt pour le dire. Par contre, je vous conseille de vous préparer en chambre pour vos examens radiographiques et une éventuelle intervention chirurgicale. "

6.

Le jour suivant, encore un peu " dans les vapes " suite à son opération sous anesthésie complète, la jeune femme se réveilla dans la soirée. Elle demanda à voir immédiatement son médecin. Celui-ci vint la voir quelques minutes plus tard.

" Docteur, comment va mon patron ?
- Madame, c'est bien désintéressé de votre part de me poser une telle question sans même vous inquiéter de votre propre état de santé. Mais rassurez-vous, la tomographie n'a montré aucune lésion de la colonne vertébrale. Vous avez de fortes chances de le revoir en excellente santé. À moins, bien entendu, qu'il ne reste dans le coma.
- Comment, il n'a toujours pas repris connaissance ?
- Non, malheureusement. Mais gardez l'espoir, il n'y a vraiment aucune raison de craindre le pire. C'est uniquement une question de temps.
- Vous en avez de bonnes ! C'est mon chef, le patron de toute une brigade très importante. Et l'enquête actuelle est prioritaire. Vous devez nous aider !
- Mais je ne fais que cela, Madame. Et je suis persuadé que votre brigade est assez bien organisée pour parer à ce genre d'accident. "

Une infirmière pénétra en coup de vent dans la pièce :

" Docteur, venez vite, le patient s'est réveillé mais il est fou furieux. Nous n'arrivons pas à le calmer. "

Malgré une douleur persistante dès qu'elle se mettait à marcher, Agnès Malladier fit l'effort d'essayer de suivre le médecin dans sa course. Arrivés dans la chambre du commissaire, ils virent ce dernier debout, près de son lit, rouge de colère. Tous les efforts du spécialiste pour le calmer restèrent sans effet. Ce fut finalement la jeune femme qui se fâcha :

" JEAN ! Cela suffit ! Calme-toi ! "

Ahuri du tutoiement dans une phrase prononcée avec une sévérité totalement inhabituelle chez son adjointe, Perrin regarda autour de lui et demanda :

" Où suis-je ? Pourquoi m'empêche-t-on de sortir ? "

Ce fut à nouveau la jeune femme qui prit la parole, lui expliquant en détail la situation. Le commissaire finit par se calmer. On l'obligea à se remettre au lit, avec des consignes très sévères : pas question d'en sortir pour quelque temps et donc interdiction formelle de reprendre le travail à son bureau.

" D'accord, j'ai compris, mais donnez-moi au moins la permission de téléphoner, je dois absolument prendre contact avec tous mes adjoints. "

La permission fut accordée : " maximum dix minutes de conversation, pas une de plus ! ". Dès qu'un appareil fut déposé sur la table de chevet et qu'il fut raccordé correctement, Agnès Malladier forma le numéro de la brigade et demanda au planton de service d'établir les contacts nécessaires pour une conférence avec tous les adjoints présents. Lorsque la liaison fut établie, elle passa le combiné à son chef qui parla d'abord avec son remplaçant, Marcel Gassain :

" Alors, quelles sont les dernières nouvelles ? Avez-vous pu obtenir l'adresse de la société Fongrell ?
- Non patron, pas encore, j'ai pourtant mis tous les inspecteurs disponibles sur cette affaire. Nous avons cherché dans tous les registres du commerce et cela dans toute l'Europe. Sans succès. D'autre part, Palpin vient de rentrer de Zürich : là aussi, chou blanc ! La police suisse a bien trouvé un suspect ayant quitté sans mobile les ateliers le matin même de l'attentat. Mais la perquisition à son domicile n'a rien donné. C'est même pire : ses voisins prétendent qu'il a quitté son appartement le jour même avec plusieurs valises. Un mandat d'arrêt a été lancé contre lui.
- Zut ! encore une piste négative. Larivière, qu'en est-il de vos recherches ?
- J'ai trouvé le responsable du piratage, il s'agit d'un certain Jan Van Glost, citoyen hollandais domicilié aux environs de la ville d'Eindhoven. J'ai ses coordonnées exactes, il habite une villa isolée qu'il devrait être assez facile de mettre en observation. Mais je n'ai pas encore de document contre lui qui soit légalement utilisable. J'ai mis notre ordinateur central à l'ouvrage, car s'il y a une preuve légale quelconque, je suis persuadé de ne la trouver que dans ses contacts avec le réseau Internet de Suisse, différent du reste de l'Europe.
- Pensez-vous réussir ?
- Affirmatif, patron, mais il faudra pas mal de temps.
- C'est ce qui nous manque le plus. Alors, voici ce que vous allez faire : rendez visite au juge d'instruction Marc Favrot. Vous lui expliquez la situation et vous le persuadez de vos chances de succès futur. Vous insistez sur l'urgence de cette seule et unique possibilité. Il finira bien par comprendre, il n'est pas si formaliste qu'on le croit. Il vous signera un mandat d'arrêt international et une demande de perquisition. Palpin se rendra avec vous aux Pays-Bas et dirigera une surveillance discrète avec l'aide de nos collègues hollandais. Surtout, agissez en sorte que le pirate n'ait aucune occasion de faire connaître son arrestation à ses commanditaires ! C'est primordial pour le succès de notre enquête ! Ensuite, lors de la perquisition, arrangez-vous pour prélever un maximum d'informations dans les documents que vous trouverez sur place. "

Un son strident fit sursauter le commissaire :

" Que se passe-t-il ? Quel est ce bruit épouvantable ?
- C'est moi, Larivière, qui en suis le responsable, patron. Cela veut dire que l'ordinateur a trouvé une preuve légalement utilisable.
- Parfait, vous allez tout de suite chez le juge d'instruction. Dès qu'il aura signé les documents officiels, Palpin et vous partirez pour la Hollande. Mais du doigté ! Pas question de... Nom d'une pipe ! Qu'est-ce qui m'arrive, tout tourne autour de moi...
- Commissaire, je vous avais prévenu, vous êtes encore très faible. Vous devez absolument vous reposer ! "

7.

Le lendemain, Marcel Gassain reçut par fax deux messages de ses confrères helvétiques arrivés successivement à deux heures d'intervalle. Dans le premier, on l'informait avoir trouvé le mécanicien recherché dans une forêt du Jura suisse, près de Saignelégier. Assassiné de deux balles en plein coeur, il était impossible de l'interroger.

Le second message donnait des détails sur l'enquête en cours : le corps de la victime avait dû être déplacé après le crime, ce qui empêchait l'Identité Judiciaire de procéder à une fouille complète des lieux. Mais un amateur avait apporté une aide bienvenue : ayant réalisé un modèle télécommandé d'hélicoptère, il y avait installé un appareil photo miniature, un peu pour son plaisir personnel. Des prises de vue ayant été effectuées le jour même du crime au-dessus de la zone suspecte, il se dépêcha de développer son film et d'apporter tous les clichés aux enquêteurs sur place. Grâce à cela, la police retrouva non seulement l'endroit exact du crime, mais également la voiture de la victime.

Gassain contacta immédiatement ses collègues suisses par téléphone pour demander si la photographie permettait d'identifier l'assassin.

" Non, malheureusement. La visée s'est effectuée de haut en bas et nous n'avons obtenu de cet individu qu'un chapeau à larges bords cachant son visage. Et si nous avons pu repérer la plaque minéralogique de sa voiture, celle-ci provenait d'une agence de location où les papiers d'identité se sont révélés faux. Par contre, ayant repéré sur le cliché l'endroit où les deux hommes se sont rencontrés, nous avons fouillé les environs avec des appareils détecteurs de métaux et avons trouvé deux balles de calibre 9 millimètres. Nous avons procédé aux essais habituels et Interpol recevra les résultats dès que possible. Sur notre fichier national, nous n'avons trouvé aucune coïncidence. "

Cachant sa déception, Gassain remercia son interlocuteur et nota soigneusement ces derniers renseignements sur ses fiches personnelles. Un peu surpris de n'avoir encore aucune nouvelle de ses deux collègues partis en Hollande, il faillit composer le numéro de leur téléphone portable, mais finit par renoncer : on le tiendrait certainement au courant de toute nouveauté.

Après un vol sans histoire dans l'un des avions privés du consortium, les commissaires Palpin et Larivière étaient bien arrivés sur place, accompagnés de plusieurs confrères locaux.

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