Aroun

de Pascal DUPIN
Roman

 
Aroun
216 pages
ISBN : 978-2-84859-028-8
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Résumé

Un hypnotiseur fait une découverte incroyable: à l'aide d'un produit et d'une séance d'hypnose, il vous ramène aux temps forts de votre existence. Mais certains clients vont découvrir le moyen de modifier le passé, saura-t-il rester maître des événements?
Illustration de la couverture : Pascal et Franck Perrot.

L'auteur : Pascal DUPIN

Né le 18 février 1959, Pascal Dupin a grandi à Unieux dans la Loire, près de Saint-Etienne. Rien ne le prédisposait à la littérature : plutôt meilleur en maths qu'en français, école EDF à partir de la Première, des sports de plein air (boule lyonnaise, football), une passion pour les bonsaïs...
C'est en novembre 2002, que la route de Pascal Dupin a croisé celle de la littérature. Se retrouvant en vacances forcées, Pascal Dupin s'est mis devant son ordinateur et a commencé à écrire. Trois mois plus tard, « Aroun » était fini... et l'aventure littéraire de Pascal Dupin ne faisait que commencer.
Pascal Dupin est membre de l'UERA, Unions des Ecrivains de Rhône-Alpes.
Ne manquez pas de visiter le site officiel de Pascal Dupin, vous y découvrirez une mine d'informations sur ce romancier talentueux.




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Salon de lecture

Chaque jour quelques pages à feuilleter

J'aurais voulu la fendre en deux, jamais je n'avais pris un pied pareil, Rémi devait tout entendre. Je fermai les yeux tandis que je me vidais et gardai la position pendant un long moment de plaisir. Quand j'ouvris de nouveau les paupières, ce fut pour constater qu'elle ne respirait plus.
Maintenant, il fallait effacer les traces de mon passage et m'enfuir, Perrot n'allait plus tarder maintenant, un joli bouc émissaire, idéal. Jonathan ne le savait pas encore et s'employait à maquiller la scène en crime de rôdeur. Heureusement que j'avais prévu de mettre une capote pour ne pas laisser matière à la police de me confondre avec mon ADN. Sur le pas de la porte, Rémi bougeait encore.
- Super, mon vieux, je me suis régalé. T'as pas dû t'ennuyer avec elle ces derniers temps. Cette salope m'a fait jouir à mort ! Maintenant, tu peux la rejoindre pour qu'elle te raconte le plaisir que je lui ai donné !
Satisfait de mon jeu de mots, j'accélérai sa mise à mort sans états d'âme de plusieurs coups de couteau épars. Je ne pouvais pas courir le risque de le laisser mourir à petits feux bien que ce ne fût pas l'envie qui m'en manquât. Je regagnai ma voiture que j'avais garée un peu plus loin quand j'entendis une vieille guimbarde faire crisser ses pneus sur le gravier dans l'allée de la propriété, juste à l'heure. Je m'éloignai discrètement dans la campagne quand soudain l'image de l'hiver s'effaça sous mes yeux, comme un rideau de théâtre qui tombe.

Chapitre 35
Il avait beau étudier le tracé de l'électrocardiogramme, Aroun ne parvenait pas à comprendre ce qu'il se passait dans la tête de Rodian. Son cœur avait fortement accéléré dès le début de l'hypnose pour se maintenir à un rythme très élevé pendant toute la durée de son sommeil, avec deux intervalles de pics impressionnants. Il avait d'ailleurs pensé le faire revenir prématurément. Il s'était abstenu, comme lors des précédentes expériences, frôlant la limite du raisonnable, et tout rentrait dans l'ordre maintenant qu'il amorçait son réveil. Le médecin des souvenirs avait espéré le voir disparaître du fauteuil comme Malorie la dernière fois. Il avait guetté cet instant tout le long de l'hypnose. Cela aurait prouvé immédiatement que le passé venait d'être bouleversé de nouveau, qu'il avait réussi, mais il n'en fut rien. Au moins, il paraissait toujours en bonne santé, ce qui était déjà un moindre mal.
Troublant, tout de même, le comportement de son patient. Le début de son voyage aurait dû se passer plutôt calmement, pour ne s'affoler qu'au moment de l'arrivée de Perrot. En admettant qu'il ne soit pas arrivé à l'instant prévu, seulement un peu plus loin, juste au moment de quitter ses amis, son excitation physique pouvait s'expliquer par une rencontre immédiate avec le criminel, d'où la panique de l'aiguille. Mais l'affrontement aurait alors duré longtemps et pourquoi deux accélérations cardiaques d'une telle violence ? Cela laissait le champ libre à toutes les suppositions : plusieurs agressions successives, le tueur n'était peut-être pas seul... Aroun ne savait plus qu'imaginer et attendait les explications de Rodian avec impatience et surtout l'espoir qu'il lui annoncerait la réussite même partielle du projet.
Tandis que son patient sortait de sa torpeur, un doute affreux s'insinua dans la tête d'Aroun. Il se remémorait le faciès satisfait du PDG pendant toute la durée de son pseudo sommeil. Ça ne collait pas du tout avec une situation de peur, de danger, de lutte. Et s'il s'était trompé. Jamais Malorie et Rémi n'avaient paru si sereins lors de leurs tentatives. Au contraire, on pouvait se rendre compte, sur leurs visages crispés, de l'effort de concentration et du combat qu'ils menaient pour prendre possession de leur autre moi. Rien de tel dans l'attitude de Jonathan. Il était tendu mais paraissait savourer, voire maîtriser cette tension. L'hypnotiseur se dit que, dans le meilleur des cas, son sujet avait atterri vers une autre destination, un autre moment de son passé. Difficile à croire mais possible. Cela ne s'était produit que très rarement, une fois ou deux sur l'ensemble des consultations qu'il prodiguait depuis quelques mois déjà. Inquiet, il regarda le revenant du passé droit dans les yeux au moment de son réveil, pour tenter d'y découvrir un semblant de réponse et le questionna sans plus attendre.
- Alors, que vous est-il arrivé ?
- Je vais bien merci ! Vous savez que vous faites des choses extraordinaires !
Aroun le sentait triomphant et cela ne le rassurait pas du tout, au contraire, cette expression de complaisance l'exaspérait et l'angoissait davantage. Il avait franchement l'impression que l'autre se moquait de lui, qu'il l'avait roulé dans la farine. La tension monta.
- Je vous demande comment se sont passés les événements, vite !
- Ne vous fâchez pas, toubib, tout s'est bien déroulé comme nous l'avions prévu jusqu'à mon départ mais malheureusement, je n'ai pas pu me retenir sur place et éviter les meurtres.
- Vous mentez, vos pulsations cardiaques trahissent un comportement très perturbé, loin d'une amicale visite à des amis. Dites-moi la vérité !
- Je vous assure, je n'ai rien pu faire !
Visiblement, il ne savait pas quoi répondre. Il venait d'être cueilli à froid dès son retour et n'avait pas préparé de défense solide. Il prenait de surcroît la situation avec beaucoup de désinvolture, toisant et narguant son interlocuteur qui finit par lâcher avec une légère pointe d'effroi dans la voix :
- Je pense m'être trompé sur vous et sur toute cette affaire, ne seriez-vous pas complice du meurtre de vos deux amis ?
Un long silence plana sur la pièce au-dessus de la tête des deux protagonistes pour s'éclipser dans le ricanement de Rodian.
- Bravo, monsieur Aroun, quelle perspicacité ! Vous en avez mis du temps pour arriver à cette conclusion. Pour une personne possédant des dons aussi exceptionnels, vous me décevez. Vous vous trompez aussi dans votre supposition, le complice est en trop...
Il battait des mains, peu soucieux d'avoir été percé à jour. On se demandait même s'il n'attendait pas que ça, comme si c'était son objectif depuis le départ, depuis leur première rencontre. Il félicitait à nouveau son adversaire, liquéfié littéralement de stupeur devant l'aveu soudain, et fanfaronnait devant lui :
- Un bon point pour vous, vous êtes quand même plus fort que la police. Eux, ils n'ont jamais rien compris, trop facile de les berner ! Et puis, vous leur avez servi Perrot sur un plateau. Merci encore !
- C'était donc vous... Mais pourquoi un crime aussi ignoble ?
- Moi je ne trouve pas ça " aussi ignoble ". Au contraire, j'y ai pris beaucoup de plaisir, et une deuxième fois aujourd'hui grâce à vous. Vous n'imaginez pas à quel point c'était bon, peut-être mieux que la première fois !
Une tâche maculait sa braguette. Après cet aveu inattendu et bouleversant, Aroun se retint, de justesse, de lui bondir dessus. Cet homme était dangereux et sûrement encore armé. Il se trouvait aussi complètement pris au dépourvu. Il devait prendre un peu de recul pour trouver son point faible et tirer une analyse plus claire et sereine de la situation. Voyant son hésitation, Rodian pavoisait de plus belle. Enfin il pouvait raconter ses exploits à quelqu'un à même de les apprécier et sans risque, depuis le temps qu'il en rêvait. Il poursuivit :
- Pour répondre à votre question, je n'ai jamais supporté Murrat encore moins de n'être que le numéro deux de la société. C'est moi qui ai eu l'idée de créer cette boîte, lui a seulement apporté le financement grâce à l'argent familial. Il s'est imposé comme le patron et je n'ai eu qu'à fermer ma gueule. Mais je m'en serais contenté si cette fouineuse n'avait pas mis le nez dans nos affaires. Je suis sûr qu'elle a plus ou moins découvert que j'avais falsifié les comptes au montage de l'entreprise pour augmenter mes parts et, une fois mariée, elle aurait eu accès de droit à toutes les informations. Il fallait que j'agisse vite. Cela éclaire-t-il votre lanterne, à défaut d'expliquer mon geste ?
- Vous êtes un monstre, un scélérat et un meurtrier. Rien ne peut justifier un assassinat aussi abject ! Vous êtes malade, il faut vous faire soigner !
- Merci, je me sens on ne peut mieux. Surtout maintenant que je sais que vous ne pourrez plus rien pour eux ! Vous m'avez bien compliqué la vie les deux premières fois !
- L'explosion de la maison et l'accident de voiture, c'était donc vous aussi. Évidemment que je suis bête, Destressange n'y était pour rien et encore moins ce pauvre Perrot. Attendez, laissez moi réfléchir, vous vous êtes procuré un double des clefs de sa propriété ?
- Pire que ça, c'est lui-même qui m'avait donné un trousseau en cas de problème lors de ses déplacements. Le démontage de la chaudière fut un jeu d'enfant. Ouvrir le robinet du gaz et casser une ampoule comme je venais de le voir au cinéma ne posèrent aucune difficulté. Il ne restait plus qu'à attendre tranquillement. Mon tort a été d'oublier de refermer la porte d'entrée à clé en partant précipitamment pour ne pas être vu par les voisins. C'est ce qui lui a mis la puce à l'oreille en rentrant, sans oublier votre aide précieuse. Je m'explique mieux maintenant comment vous parvenez à conditionner vos patients. Vos hypnoses sont si réalistes que j'ai eu un autre orgasme aujourd'hui pendant le viol, vous pouvez le constater... !
Rodian se foutait, de toute évidence, de la gueule du praticien et cherchait à le faire craquer pour mieux l'écraser ensuite. La remémoration des circonstances de la mort de Malorie fit monter la tension d'Aroun à son point culminant. D'autant plus rageant, que c'était sur sa demande que ce criminel avait revécu son acte barbare. Tentant de faire redescendre son taux d'adrénaline, il essaya de se raisonner pour parvenir à en savoir plus.
- Et pour la voiture ?
- Rien de plus facile. J'étais au courant de la virée amoureuse du week-end avec le véhicule de fonction. Un petit trou dans le réservoir de liquide hydraulique et le tour était joué, un copain avait récemment eu le même problème. Il fallait seulement que je le fasse au dernier moment, juste avant qu'ils n'arrivent. J'étais d'ailleurs toujours dans le sous-sol, caché derrière un pilier, quand ils sont repartis.
- Vous êtes machiavélique !
- N'est-ce pas ! Malheureusement, cette fois encore, ils ont échappé tous les deux à la mort et de nouveau à cause de vous, comme vous avez su si bien me l'expliquer l'autre jour !
Aroun se ressaisissait un peu. Il analysait mieux la situation, maintenant. Rodian n'avait sûrement pas l'intention de le tuer sinon il ne serait pas si détendu et veillerait à ne pas le laisser s'échapper, ce qui n'était pas le cas. Il laissa donc l'autre continuer son jeu de dupes, quoique pas totalement rassuré par son jugement succinct de la situation.
- C'est exact, j'ai renvoyé Malorie, qui avait survécu, déjouer vos plans.
- Mes félicitations, vous avez parfaitement réussi. Vous êtes l'auteur d'une invention révolutionnaire et pour le moins efficace !
- Gardez vos sarcasmes pour vous ! Il y a une chose qui m'intrigue, après chaque tentative de meurtre. Vous n'avez pas récidivé alors que seule Malorie était morte la première fois, Rémi ayant subi seul le même sort la deuxième. La personne vivante qui restait ne vous importunait plus ?
- Vous oubliez que je n'ai pas été confronté à ce problème, dans cette vie tout du moins, vu que je les ai tués ensemble d'un coup après deux échecs. Mais je crois pouvoir répondre à cette question. J'imagine que j'ai dû penser que mademoiselle Ziegler sans Murrat ne pouvait plus me nuire. N'étant pas mariée, elle n'avait aucun droit de regard sur les comptes initiaux de la société et aurait été bien mal avisée de me dénoncer sans pouvoir se procurer des preuves. Quant à Rémi, vivre sans sa belle devait lui paraître insupportable : il a dû se renfermer dans son travail pour le plus grand bien de la société mais sans guère d'intérêt pour le reste. Je me trompe ? Finalement, je regrette de les avoir supprimés conjointement, je leur aurais fait beaucoup plus de mal en les séparant définitivement l'un de l'autre.

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