Six femmes pour un homme

de Claude COGNARD
Théâtre

 
Six femmes pour un homme
194 pages
ISBN : 978-2-84859-013-4
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Résumé

Un soir, après la fermeture, Maud doit aider son patron à ajuster les comptes de la bijouterie. Apparemment, prête à tout pour le séduire, elle profite de cet instant privilégié pour exprimer des désirs absolument extravagants. Mais l'arrivée impromptue d'Alice, une autre vendeuse, puis de Pauline, l'épouse jalouse, va donner une tout autre tournure à leur tête-à-tête.
Le lendemain, après une séance de formation rocambolesque, et la première vente, on ne peut plus abracadabrante, de Maud, le voile va se déchirer sur les réelles motivations de cette dernière et sur le secret qu'elle détient concernant Alexandre.
Sur un texte rythmé et drôle, Claude Cognard propose une comédie légère et divertissante qui entraîne le lecteur de situations cocasses en rebondissements.
Photo de couverture : Pam Roth.

L'auteur : Claude COGNARD

Passionné par l’écriture, Claude Cognard est l’auteur de plusieurs romans. " Six femmes pour un homme ! ", sa première pièce de théâtre, a été écrite à la suite d’une rencontre avec un professeur de théâtre à la recherche d’une nouvelle pièce. D’autres vont suivre...
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J'aime le sens que l'on donne à quelques lettres associées... Qui ? Que ? Quoi ?... Quoi ? Quatre lettres qui veulent dire...

MAUD
Justement tu parles du pronom relatif " Quoi ? ". C'est bien la question que l'on m'a posée hier. Et je n'ai pas su répondre...

ALEXANDRE
Je comprends, si l'on vous demande " quoi ? ", que vous ayez du mal à répondre. Si, dans la rue, j'interpellais les passants en leur disant " quoi ? ". Je peux vous dire que la plupart d'entre eux me répondraient " quoi ? ". Alors je dirais " Quoi quoi ? ", et ils me répondraient " Quoi quoi quoi ? ". On se dit que l'homme possède un langage structuré... Un jour, j'en ai tenu un plus d'un quart d'heure avec des " quoi "... Je vous laisse imaginer...

MAUD
Je suis sérieuse... En tout cas, moi je suis toujours surprise par les réactions des clients...

ALEXANDRE, s'éponge le front.
Quelles réactions ? Je m'attends au pire de votre part, mademoiselle.

MAUD
D'accord ! C'est sans intérêt.

PAULINE
Allez, faites-nous part de votre réflexion personnelle, diantre !

MAUD
Mon prénom, c'est Maud !

PAULINE
Oui, faites-nous part de votre réflexion personnelle, Maud ! Diantre !

MAUD
Voilà, j'avais une bonne touche, cet après-midi-là...

PAULINE
Mademoiselle va à la pêche ?

MAUD, secoue la tête.
Elle ne va pas bien celle-là...

PAULINE
Que dites-vous, mademoiselle, j'adore les histoires de pêche.

MAUD
Eh bien moi je n'aime pas les fruits du tout. Donc, pour revenir à ce mot " quoi "... Je suis seule au magasin, lorsque un homme dans les soixante ans entre... Un homme un peu comme monsieur Alexandre...

ALEXANDRE
Merci ! Il faut préciser tout de même qu'il a vingt ans de plus que moi. Ça ne vous... Baste !

MAUD
Moins beau.

ALEXANDRE
Bien, c'est mieux...

MAUD
Il souhaitait acheter une bague pour son amie. Un solitaire !

ALICE, MAUD et ALEXANDRE
Et alors ? Et alors ?

PAULINE
Zorro est arrivé é é ! Pardon, je me fourvoie, je m'égare, continuez, mademoiselle Maud !

MAUD
Je lui ai montré un magnifique solitaire en carbone pur...

ALICE
En carbone pur ? Pourquoi tu parles de carbone...

MAUD
Laisse tomber. Et alors que nous regardions la vitrine, je lui demande : " Vous voulez que je vous la sorte ? ". Et il me répond " Quoi ? "... Pourquoi " Quoi " ? Là, il y a un truc qu'il faut qu'on m'explique... Nous sommes en admiration devant un solitaire... Que voulait-il que je sorte d'autre ? Quoi ?

ALICE, moqueuse.
" Je lui demande : Vous voulez que je vous la sorte ? Et lui : Quoi ? Pourquoi quoi ? Là, il y a un truc qu'il faut qu'on m'explique... Nous sommes en admiration devant un solitaire... Que voulait-il que je sorte d'autre ? Quoi... " Bon ça va Maud, on a compris... Tu ne nous fais même pas rire !

PAULINE
Non, cette jeune fille n'a pas compris, pourquoi ce monsieur qui était intéressé par une bague... Pourquoi alors qu'elle lui demande s'il veut qu'elle la lui sorte, il répond " quoi ? " ? Effectivement, j'entends que vous ayez été troublée. Je l'aurais été également...

MAUD
Merci, madame.

PAULINE
Peut-être était-il troublé par votre présence, lui aussi ?

ALEXANDRE
De plus en plus lourdes ! Laisse tomber. Je vous rappelle que nous sommes en bijouterie et que l'on ne dit pas n'importe quoi sans réfléchir.

PAULINE
Absolument, n'est-ce pas.

ALEXANDRE
On évite certaines formules... ambiguës.

MAUD
Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il y a d'ambigu à demander à un homme s'il veut qu'on lui sorte un bijou de la vitrine ?...

ALEXANDRE
Pour vous faire comprendre, je vous donne un exemple : hier, madame Delabre... était devant la vitrine des alliances et rêvait à haute voix d'une alliance diamant...

MAUD
Quel rapport avec le " quoi ? " de mon client ?

ALEXANDRE
Didier, qui sait depuis longtemps qu'elle veut acheter un " tour complet ", lance pour la flatter : " Vous adorez montrer vos bijoux, madame ".

PAULINE
Je ne veux pas donner raison à ce jeune homme, mais...

ALEXANDRE
" Oui, mon petit Didier ", réplique la cliente ! Ils sont très beaux ! Vous me flattez.

ALICE
Je trouve que c'est plutôt sympa.

ALEXANDRE
Et Didier continue sur l'idée que madame Delabre veut acheter une alliance et dit : " Vous savez j'en ai une très belle, voulez-vous que je vous la montre ? "

PAULINE
Normal, si elle était en vitrine, la cliente voulait sûrement l'essayer... et l'essayer c'est l'acheter.

ALEXANDRE
Et Didier insiste : " Si vous voulez la voir, vous me le dites et je vous la sors... "

PAULINE
Mais, il est charmant ce petit Didier, je l'aime bien. Cette dame devait être séduite.

ALICE, rit en dépliant le listing de caisse.
Mais elles sont justes vos caisses ! Pas un centime d'erreur !

PAULINE
Mais qu'est-ce qu'elle est bien, cette Alice... Moi, je la comprends. Elle est travailleuse, elle en fait trop... elle commet une erreur... C'est bien çela le problème lorsque l'on a trop de corvées.

ALICE
C'est vrai, madame, et cela malgré un petit salaire... Je ne gagne que deux mille euros...

PAULINE
Alexandre, mais il faut faire quelque chose, comment peut-on vivre avec seulement cette somme-là... c'est à peine le salaire de notre jardinier...

MAUD
Et vous savez, moi, je ne gagne que mille euros.

PAULINE
Pour vous, c'est excessif...

MAUD
Comment excessif ? Je suis une pauvre, née dans une famille pauvre...

PAULINE
Il y a des avantages qui ne se chiffrent pas... N'est-ce pas Alexandre ?

ALEXANDRE
Oui, absolument...

MAUD
Quoi par exemple ?

ALEXANDRE
Vous êtes jeune, inexpérimentée et je m'occupe de vous personnellement...

MAUD
Considéré de ce point de vue, c'est vrai, vous vous occupez de moi. Personnellement, très personnellement.

ALEXANDRE
N'exagérons tout de même pas !

PAULINE
Evidemment, les jeunes ne se rendent pas compte qu'il n'y a pas que l'argent... La formation, c'est plus important que...

MAUD
Je n'ai pas connu mon père ! Mon beau-père... " Un homme riche avait choisi ma mère pour femme. Elle tomba malade; et quand celle-ci sentit sa fin prochaine, elle m'appela à son chevet, moi son unique fille, et me dit : " Chère enfant, reste bonne et pieuse, et le bon Dieu t'aidera toujours, et moi, du haut du ciel, je te regarderai et te protégerai. " Puis elle ferma les yeux et mourut. Je me rendis chaque jour sur la tombe de ma mère, pleurai et restai bonne et pieuse. L'hiver venu, la neige recouvrit la tombe d'un tapis blanc. Mais au printemps, quand le soleil l'eut fait fondre, mon beau-père prit une autre femme. La femme avait amené avec elle ses deux filles qui étaient jolies et blanches de visage, mais laides et noires de cœur. Alors de bien mauvais jours commencèrent pour la pauvre belle-fille que j'étais. Mon beau-père mourut à son tour... j'ai été élevée par une belle-mère... "

PAULINE
Vous n'avez pas connu votre père ?

MAUD
Non, madame !

PAULINE
Il ne sait pas à quoi, il a échappé ! Quelle chance pour lui !

MAUD
Pourquoi ?... " J'ai vécu avec deux jeunes filles odieuses qui disaient : " Faut-il que cette petite oie reste avec nous dans la salle ? Qui veut manger du pain doit le gagner ! Allez ouste, souillon ! " Elles m'enlevèrent mes beaux habits, me vêtirent d'un vieux tablier gris et me donnèrent des sabots de bois. " Voyez un peu la fière gamine, comme elle est accoutrée ! ", s'écrièrent-elles en riant et elles me conduisirent à la cuisine. Alors il me fallut faire du matin au soir de durs travaux, me lever bien avant le jour, porter de l'eau, allumer le feu, faire la cuisine et la lessive. En outre, mes deux sœurs me faisaient toutes les misères imaginables, se moquaient de moi, me renversaient les pois et les lentilles dans la cendre, de sorte que je devais recommencer à les trier "... Et voilà, sans père, que vouliez-vous que je fasse pour ma survie ? Bien que de descendance royale, je n'ai ni château, ni maison... Tous les biens de mon père m'ont été confisqués... Vous imaginez ce que cela a dû être que de vivre sans père ?

PAULINE
Quand on vous voit, on comprend qu'il a échappé au pire !

ALEXANDRE
Pourquoi tu dis cela ?

MAUD
Je vois, madame, que vous ne savez pas ce que c'est qu'une fillette qui le matin se lève, vêtue de son pyjama... déchiré, que lui a offert son grand-père quelque temps avant de mourir lui aussi. Une fillette qui a faim... Une fillette battue par ses deux nouvelles soeurs, une fillette abandonnée... Sa belle-mère l'a oubliée plus d'une fois à l'école le soir... la directrice de l'école l'enfermait dans la classe pendant la nuit entière... Je dormais tremblotante de froid sur les bancs, dans l'odeur de craie et d'encre..... Cette craie et cette encre qui devenaient alors ma seule nourriture.

PAULINE
Et alors... Qu'est-ce que vous voulez que ça me fasse. Un père, vous n'aviez qu'à en choisir un...

MAUD
Plus tard, plutôt plus tôt, pour respecter une promesse qu'elle avait faite à un de ses amants, ma mère, avant de mourir m'avait fait... tatouer une fleur sur la fesse...

ALEXANDRE
Ah, je connais une histoire de fesses et de roses...

PAULINE
Tu la connais ?

ALEXANDRE
Oui, cette vendeuse ! Oui... Ça fait quinze jours que je l'ai embauchée, alors tu comprends, je commence... à la connaître...!

PAULINE
Sois sérieux... La fleur, tu l'as vue ? Et si oui, comment as-tu fait, mon cher, pour la voir ?

ALEXANDRE
Pas sur cette vendeuse-là ! Mais, je me souviens, j'avais une amie... Une femme d'une beauté incroyable, un délice pour les yeux... une reine pour le coeur... Une princesse... pour...

ALICE
Alors ?

ALEXANDRE
Eh bien, nous avions... non !

MAUD, PAULINE, et ALICE
Si !

ALEXANDRE
C'est vous qui l'aurez voulu ! Parce qu'elle aimait tellement les bouquets de roses que je lui offrais, nous avions décidé, elle et moi, de nous faire tatouer une rose sur le haut de la fesse.

PAULINE
Je ne l'ai jamais vue.

ALEXANDRE
Inutile de le dire, tu ne me regardes jamais !

MAUD
Moi non plus je ne l'ai jamais vue !

ALEXANDRE
Elle est vraiment cachée !

PAULINE
Maud ! Diantre !

MAUD
Pardon, madame, mais mon nom de famille, c'est Farge... Maud Farge !

PAULINE
Pourquoi, me dites-vous ça ?

MAUD
Je ne connais aucun Diantre dans la famille.

PAULINE
Diantre, pourquoi ? Je ne comprends plus rien... mais cette rose, pourquoi l'auriez vous vue, vous ? À vous entendre tous ici, on a l'impression que tout le monde a vu... le fessier de tout le monde !

MAUD
Le fessier ?

PAULINE
Eh bien le cul ! Un tatouage est sous la peau... s'il y a une rose sur le derrière d'Alexandre, elle ne dépasse pas de son pantalon que je sache !

ALEXANDRE
Personne ne m'écoute ! Restez concentrées, si vous voulez comprendre. Donc, je me souviens de sa longue et belle cuisse, présentée au tatoueur...

PAULINE
Tu parles, je te fais confiance...

ALEXANDRE
Je me souviens du bistouri qui attaquait la peau et qui répandait la couleur rouge des pétales... Et c'était mon cœur qui saignait !

ALICE
Monsieur Alexandre, hello ! On se réveille, nous sommes en l'an 2007 ! 2006, 2005... 2004. Cendrillon c'était un autre siècle...

PAULINE
Pourquoi Cendrillon ? Elle avait une rose tatouée sur la cuisse, elle aussi ?

ALEXANDRE
Mon amie m'avait toujours dit que si elle avait des enfants...

PAULINE
Cendrillon ?

ALEXANDRE
Non, la jeune femme m'avait toujours dit que, si elle avait des enfants, elle leur ferait tatouer cette rose, que je porte, moi aussi. J'ai appris, bien plus tard qu'elle s'était mariée puis qu'elle était morte quelque temps après la naissance de son fils...

ALICE et PAULINE, ensemble.
De son fils ?

MAUD
Ah non ! Arrêtez de nous raconter des histoires aussi sordides ! Ce n'est pas après... Et puis non...

ALEXANDRE
Je peux vous dire qu'à l'armée, lors des visites médicales, j'en ai entendu de toutes les couleurs. Les plus gentils de mes camarades m'appelaient le jardinier... les autres me demandaient si je n'avais pas des parents dans la marine ?

(Le téléphone d'Alexandre sonne.)

Oui, parfaitement !
C'est vous Delphine ? Oui et bien...
Oui, demain soir...
Je dois pouvoir, vous savez Delphine, nos métiers nous obligent à nous absenter souvent.

MAUD
Je rappelle à Monsieur que demain soir, il va au cinéma avec Madame.

ALEXANDRE
Merci, Maud...
Vous avez entendu votre collègue ?
Donc, demain, je ne pourrai pas...
Votre nouveau disque dur attendra, lui aussi.
Vous voulez que je vous le formate...
Il chauffe ?
Pourquoi dites-vous ça ? Vous lui avez pris sa température ?
Cinq cents mégabits ?
Vous avez vu grand !

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