Martine Gasnier au Goût des mots le 22 janvier

Le 22/01/2022 de 15:00 à 17:30

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Librairie Le Goût des mots - Mortagne-au-Perche

Dédicace de Martine Gasnier au gout des motsMartine Gasnier présentera son dernier roman L’Inconnu du port à la librairie Le Goût des mots. Premières lignes :

« Très tôt ce matin de l’année 1886, alors que le jour n’était pas encore levé, la ville fut parcourue d’un courant d’air venu de la mer. Il s’était engouffré sur le port où, redoublant de violence, il avait entraîné les nombreux papiers jonchant le quai de Saône dans un tourbillon infernal. On entendait claquer les voiles des bateaux surpris par la tempête, et des silhouettes couraient se mettre à l’abri. Bientôt, la pluie se mit à tomber. Drue et serrée, elle anéantissait les êtres et les choses, sorte de prélude à la fin du monde. Dès cinq heures, les bistrots avaient ouvert leurs portes aux travailleurs, largement représentés par les dockers, qui finissaient de s’arracher au sommeil devant un café souvent accompagné d’un petit verre d’eau-de-vie...
 

martine gasnier dédicace

Librairie Le Goût des mots 34, place du Général de Gaulle, 61400 Mortagne-au-Perche France

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Il y avait là tout un monde exhalant le labeur et la misère. Malgré leur aspect loqueteux, les plus jeunes s’enorgueillissaient encore de leur musculature d’athlètes. Ils faisaient tâter leurs biceps à la patronne en agrémentant l’expérience de propos salaces. Les plus vieux se taisaient. Le corps usé par les charges transportées depuis trop longtemps, ils n’étaient plus que des survivants aux joues creuses, à l’œil éteint. Quand, parfois, l’un d’eux se risquait à parler, c’était pour évoquer un souvenir d’avant son déclassement social. Car l’assemblée comptait des individus qui, avant de travailler sur le port, exerçaient diverses professions.

On dénombrait des commerçants, ruinés par leur imprévoyance, des nobles dilapidateurs du patrimoine hérité et quelques notaires capteurs de successions. Ils jouissaient d’une certaine considération auprès de leurs camarades et se plaisaient à en profiter. Quand ils le racontaient, leur passé prenait des allures d’épopée. Les autres faisaient semblant d’y croire, et le bistrot devenait le lieu de toutes les chimères. Les établissements alignés sur le quai avaient, chacun, leur clientèle fidèle, quoi qu’il advînt. De vraies communautés s’étaient formées autour des tenanciers et tenancières qui partageaient les soucis de leurs membres.

Dans le Bistrot du port régnait une odeur de corps mal lavés et d’oripeaux mouillés que l’on avait mis à sécher près du poêle. Une fumée nauséabonde s’en élevait, provoquant des quintes de toux chez les plus faibles que la tuberculose menaçait. Certains sortaient de leur poche un mouchoir maculé de taches suspectes et crachaient dedans. Après avoir retrouvé une respiration exempte de râles, ils se reprenaient à espérer.

Dehors, les rafales, toujours plus violentes, se succédaient sans rémission et l’on redoutait de les affronter. Plus que jamais, en ces instants, le travail ressemblait, pour les ouvriers portuaires, à un chemin de croix qu’il faudrait gravir sans fin pour un martyre toujours renouvelé.

Soudain la porte s’ouvrit et un inconnu entra. »

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