L'Héritier de l'Atlantide

Chroniques des prophéties oubliées - tome 2

L'Héritier de l'Atlantide, roman de Bertrand Crapez, éditions ZinediL’Héritier de l’Atlantide
Roman de Bertrand Crapez

ISBN 978-2-84859-170-4
320 pages
Broché 20 €
Numérique 6,99 €

Parule 5 octobre 2017

Revue de presse

Présentation

Digne héritier d’Arthur, Kadfael règne depuis vingt ans sur Logres quand des forces oubliées ressurgissent du passé, menaçant la paix. L’elfe Dorne s’est réveillé d’un long sommeil et semble décidé à mettre le monde à feu et à sang !
Kadfael comprend que leur salut passera par l’Atlantide et va se mettre en quête de cette légendaire cité disparue, aidé de son ami Dargo, de sa fille Aelyne et de Marwan, le jeune prince des royaumes du Sud.

Au milieu de combats épiques, ils affronteront des ennemis redoutables. Goules, krakens, pirates, momies, et autres spectres malveillants ne vont pas leur faciliter la tâche. Mais si en plus d’anciens dieux des sables et des glaces se dressent sur leur chemin, les royaumes des Terres de l’Ouest risquent de disparaître à tout jamais… Sauront-ils déjouer les plans diaboliques de leurs adversaires ?

L’Héritier de l’Atlantide est le deuxième tome de la trilogie Chroniques des prophéties oubliées.

Extrait

Quatre cercueils en cristal, placés sur des catafalques de marbre blanc, dessinaient une croix inquiétante au milieu de la vaste crypte de pierre. Sur le plafond en forme de dôme couraient de nombreuses traînées lumineuses, éclairant les longs écrins transparents. Un silence de mort régnait en ces lieux.
Au centre de la pièce, un homme de haute stature se tenait debout, tout de métal vêtu, casqué et armé. Immobile. D’une immobilité parfaite. Ses mains, enserrées dans de solides gants, tenaient la poignée d’une imposante épée dont la pointe reposait sur le sol. Gravées sur le plat de la lame, de la garde au talon, d’anciennes runes mystérieuses émettaient une lueur bleutée. L’arme semblait plus vivante que l’homme. Forgée dans un alliage d’or et de platine, elle jetait des éclats doux et protecteurs sur les quatre corps endormis qui reposaient au fond des sarcophages.
Ces gisants oubliés par le temps étaient des elfes de la nuit. Les Anciens. Le guerrier imperturbable était leur gardien. Le maître du tombeau.
Au même moment, à des milliers de lieues de là, un terrible combat faisait rage entre le fils de Lancelot et celui de Perceval, derrière les hautes murailles de Camaaloth. Galaad et Kadfael se battaient, et il ne pouvait en rester qu’un. Ils se portaient des coups d’une violence inouïe. La fureur de vaincre coulait dans leurs veines, leur sang bouillonnait de rage, leur haine mutuelle déformait leurs traits, estompant la douleur qui vrillait chaque fibre de leurs muscles et chaque parcelle de leurs os. Ils ignoraient que, d’ici quelques instants, Doryldïn, l’épée enchantée héritière d’Excalibur, vaincrait Mjöllnir, le marteau diabolique. Un cycle s’achevait, un autre allait commencer.
Les deux adversaires s’affrontaient, rien ni personne ne semblait pouvoir les arrêter. C’était un duel à mort. Ils ne se doutaient pas que dans ce duel sans merci ils utilisaient bien plus que de simples armes. Leurs mains détenaient une once du véritable pouvoir divin qui régissait le cosmos. Ce moment épique était comme un battement d’ailes déclenchant un raz-de-marée à l’autre bout du monde. Quand l’épée frappa le marteau une dernière fois et le brisa, l’instant fatidique arriva : une brume fugace s’échappa de l’arme de Galaad et disparut dans les airs. Personne n’y prêta attention. Galaad n’était pas encore vaincu, Kadfael pas encore au bout de ses peines, mais le destin des elfes endormis allait reprendre son cours.
Cette étrange fumée parcourut une distance incroyable en un clin d’œil, traversant terres et mers pour arriver à la forteresse des Anciens. Elle passa au travers des murailles comme s’il s’était agi d’un simple papier poreux. Une fois dans la crypte, elle s’insinua dans l’un des sarcophages de cristal, masquant entièrement le corps longiligne et le visage émacié de son occupant plongé dans le sommeil. Alerté, le chevalier-gardien serra un peu plus fort la garde de son épée, mais il ne fit pas le moindre mouvement, comme s’il n’était pas encore temps d’intervenir.
Une tempête silencieuse éclata dans le cercueil, des nuages sombres enflaient et se dégonflaient sous le couvercle de cristal, roulant sur eux-mêmes, impétueux, tandis que des éclairs illuminaient les volutes tournoyantes. Le spectacle était à la fois terrifiant et fascinant. On aurait dit les entrelacs d’un cerveau en surchauffe prêt à exploser. Enfin, la vapeur mortifère disparut, inhalée par la bouche, les narines, les oreilles et les yeux de l’être endormi. Une fois entrée, elle libéra un flot de pensées hagardes et d’images désordonnées qui prirent d’assaut l’inconscient de son hôte, faisant le siège de sa raison.
Cette vapeur, c’était l’âme de Mjöllnir, le marteau de Galaad redevenu ombre et poussière.
L’âme maudite était revenue vers son créateur et maître légitime pour lui signifier l’échec de sa mission originelle. Au fil des siècles elle s’était emplie de souvenirs traumatisants, c’est pour cela qu’elle pénétra dans l’esprit de Dorne sous forme de cauchemars effrayants, résumant sa longue existence par bribes angoissantes, des temps les plus reculés aux plus récents. Elle lui montra Thor, le magicien viking, s’acharnant sur Atalante puis mourir sous les coups furieux de Merlin, elle fit ressentir à son hôte les affres de l’oubli et de la honte dans le lac Störjon. Les rêves continuant à remonter le temps, Dorne entendit la voix bienveillante d’un dieu facétieux aidant Viviane à retrouver le marteau, puis il eut l’impression de se consumer dans la main avide de Galaad, le chevalier félon. Enfin, douleur suprême, il se sentit littéralement déchiré en deux à la destruction de l’artefact qui venait d’avoir lieu. Hélas, non seulement l’essence de son Mjöllnir lui revenait incomplète, mais il la sentait impure, souillée de la colère, de la cupidité et de la cruauté de ses détenteurs qui avaient dénaturé son œuvre ! Prise par surprise par ce torrent néfaste, l’âme de Dorne, l’elfe de la nuit, bascula du côté sombre et sauvage de la souillure nauséabonde des esprits de Thor et Galaad. Le retour à la vie de cet être ressembla à une renaissance brutale et corrompue.
Dorne se réveilla totalement, hagard. Ses yeux en amande s’ouvrirent, totalement bleus un instant, puis virant au noir pour enfin reprendre leur couleur d’origine : deux iris vert émeraude entourant d’étroites pupilles verticales. L’elfe repoussa d’un geste le couvercle de cristal et sortit d’un bond, gracieux et agile. Ses longs cheveux, d’une blondeur presque blanche, retombèrent sur ses épaules grêles, masquant la pointe de ses oreilles diaphanes.
– Non, gémit-il, non… Les scélérats, que m’ont-ils fait ?
– Seigneur Dorne, je suis à vos ordres.
Le gardien s’était réveillé à son tour. La voix sourde et métallique de l’homme en armure ne dévoilait aucune émotion particulière : son maître avait repris connaissance, il devait se mettre à son service.
– Ragnar, tu as veillé sur nous tout ce temps avec loyauté…
– Je ne fais que mon devoir, mon seigneur. Je sers l’Atlantide et vous êtes son maître.
– J’ai besoin de toi, mon brave Ragnar, plus que jamais. Notre monde est en danger, tu dois m’aider à le sauver.
– Je vous écoute.
– J’ai été dupé. Depuis le début… Thor, ce Viking scélérat en qui j’avais confiance et qui m’a trahi, et maintenant ce Galaad… Surtout Galaad ! Il m’a trompé. À cause d’eux j’ai contracté une sorte de maladie de l’âme. J’ai faim de pouvoir, soif de vengeance… Non, non, je ne dois pas dire ça. Je dois… Je dois me dominer. Non. Je dois maîtriser… tout ! Donne-moi le sceptre du roi.
Le chevalier hésita un instant. Dorne ne respectait pas les règles et il ne semblait pas dans son état normal : ses yeux roulaient dans leurs orbites comme s’ils cherchaient quelque chose qui n’était pas là tandis que sa main droite s’ouvrait et se refermait, comme agitée par un spasme nerveux incontrôlable.
– Maître… Les autres ne doivent-ils pas aussi… ?
– Ragnar, soit tu es avec moi, soit tu es contre moi. Choisis !
Le guerrier tressaillit à ces mots. Que son maître puisse douter de sa fidélité lui était insupportable. Il plongea une main sous sa cuirasse et en sortit un bâtonnet d’onyx brillant, serti d’une fine couronne de rubis à l’une des extrémités. Sans un mot Dorne s’en saisit et le glissa dans sa ceinture de cuir. Ses traits tirés révélaient en cet instant une fatigue et une anxiété profondes. Il se sentait si faible qu’il fut pris de vertiges et vacilla sur lui-même.
– Maître, vous n’avez pas encore recouvré vos forces, vous devez vous reposer.
– Je sais… J’aurai besoin de temps pour mener à bien ma tâche. Pour l’heure envoie un message à Ràn, rappelle-lui son serment d’allégeance à l’Atlantide.
– Bien, mon seigneur. Dois-je avant cela réveiller vos compagnons, les autres seigneurs elfes ?
Dorne jeta un regard froid vers les cercueils occupés par ses pairs endormis.
– Surtout pas, répondit-il, non. Surtout pas… À leur manière, eux aussi m’ont trompé. Je vois clair dans leur jeu dorénavant. Ils ne m’ont jamais fait confiance, ils m’ont cru faible, ils ont eu tort. Aujourd’hui les hommes ont osé me défier en détruisant le cadeau que je leur avais fait… Ils veulent le chaos ? Ils auront leur châtiment. Tous ! On m’a confié ce monde, il me faudra du temps, mais je vais le reprendre en main. Je ramènerai l’ordre et l’équilibre. Moi, et moi seul, Dorne le Bâtisseur de mondes !
Ragnar s’inclina légèrement et sortit. Une fois la porte de la crypte refermée derrière le chevalier-gardien, une haute silhouette surgit du néant, sans un bruit. Le nouveau venu arborait un casque aux cornes courbes et inquiétantes. Dorne savait qui était ce visiteur, il soupira de soulagement. Son mentor ne l’avait pas abandonné. Il posa un genou à terre et inclina la tête en signe de respect.
– Tu ne seras pas seul dans ce combat, murmura le mystérieux visiteur. Aie confiance en moi comme je crois en toi, et ensemble nous reprendrons ce monde. Je t’en fais la promesse, mon jeune apprenti. Tu sais qui je suis, je ne parle jamais à la légère. J’ai un plan, tu le suivras sans poser de questions si tu veux la victoire. De nombreuses années de lente préparation te seront nécessaires avant de lancer l’offensive, tes ennemis sont sauvages et impitoyables. Tu n’auras pas droit à l’erreur si tu veux sauver Nidavellir de leur folie destructrice. Le plus dangereux de tous sera assurément celui qui a brisé ton marteau. Il faudra anéantir cet homme, tu auras besoin pour cela d’un chef des armées suffisamment fort et puissant. Je crois savoir où nous trouverons cette perle rare, mais chaque chose en son temps, il est encore trop tôt.
– Je m’en remets entièrement à vous et je fais le serment de vous servir aveuglément, ô mon maître ! Je veux seulement que justice soit faite.
– Je te comprends, mon jeune apprenti. Personne ne sait mieux que moi les liens étroits qui unissent justice et vengeance. Ils mourront tous, sans exception.

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