Alexis Ruset

Alexis rusetAlexis Ruset, né à Nancy, agrégé de lettres, ancien élève de l’ENA, a brièvement enseigné avant d’intégrer la haute fonction publique, puis d’exercer les responsabilités de cadre dirigeant. Le goût des mots ne l’a jamais quitté et trouve à s’exprimer à travers l’écriture de romans. Alexis Ruset vit à Paris mais retourne souvent en Lorraine, où se trouve une grande partie de sa famille et où il puise ses sources d’inspiration.

Pour que la mort ne crie pas victoire est le premier tome d’une saga familiale qui se déroule dans les Hautes Vosges.

Entretien avec Alexis Ruset :

– Comment avez-vous eu l'idée de ce roman ?
Il est né d’un souvenir d’enfance. J’étais en vacances chez ma tante, dans un hameau des Hautes Vosges. Un jour où nous passions devant les ruines d’une petite maison isolée, en pierres de granit gris, et que je l’interrogeais à son sujet, elle m’avait simplement répondu qu’un « petit homme » l’avait habitée. J’ai eu envie d’inventer son histoire. Elle est le pur fruit de mon imagination.

– Vous êtes-vous inspiré de faits réels ? Lesquels ?
Je ne suis pas parti de faits réels. L’intrigue est une invention, ainsi que toutes ses péripéties. J’ai seulement situé l’intrigue dans la vie à la campagne, telle que je l’ai connue enfant dans les Vosges, mais en changeant d’époque. Celle de la guerre de 14, dont on célèbre le centenaire, était tout indiquée. Certains détails viennent de ce que m’avaient raconté ma mère et mes oncles et tantes de leur enfance et certains portraits s’inspirent pour partie de personnages ayant existé. Mon parrain était forgeron et costaud comme Octave. Il avait servi comme lui dans les dragons, mais c’était en 1940 et il était revenu vivant de son camp de prisonnier. Le personnage de Joseph reprend certains traits de mon grand-père, qui avait de longues moustaches tombantes et parlait le patois. Je me souviens aussi d’un ivrogne auquel Lucien ressemble fort. C’est à peu près tout.

– Quel est le thème central de ce livre ?
La vengeance est le principal ressort dramatique. Un ressort puissant, orchestré notamment dans les tragédies d’Eschyle et de Sophocle, de Shakespeare ou de Racine. La dimension spirituelle s’imposait, inhérente à l’époque où se situe l’action, comme l’indique l’avis au lecteur. Elle donne à Octave, le personnage central, une épaisseur humaine qu’il n’aurait pas sans le conflit intérieur qui le déchire, entre ce qui dicte sa conduite et ce que lui interdit sa religion. Mais le thème central, qui donne son titre au livre, est l’attitude de l’homme face à la mort. Un thème d’une portée générale et intemporelle, qui trouve une acuité particulière en temps de guerre.

– À quels lecteurs s'adresse votre ouvrage ?
A ceux qui aiment la petite histoire dans la grande, celle des vies minuscules qui ont une résonance universelle.

– En quoi votre livre parle-t-il à un lecteur d’aujourd’hui ?
Le drame des migrants lui fait écho. Qu’est en effet le petit homme, sinon un réfugié qu’on rejette ? Qui est-il, sinon l’étranger dont on a peur parce qu’il n’est pas comme vous et vole votre travail ?

– Avez-vous des rituels d’écrivain ?
L’écriture est devenue mon nouveau métier. Je le pratique avec passion, mais posément, sans tics ni agitation névrotique, chaque jour devant mon ordinateur, sur mon bureau bien dégagé de tout ce qui pourrait m’en détourner, parfois dès l’aube, parfois jusqu’au soir. Je n’écris pas d’un seul jet que je peaufinerais après. Il faut que je m’assure de mes arrières pour avancer, et je piétine tant que je n’ai pas le sentiment que ce qui précède tient la route et se lit bien.

– Quels sont vos premiers chocs littéraires ?
Les tragiques grecs et les écrivains français de la condition humaine : Bernanos, Saint-Exupéry, Malraux, Camus, Sartre.

– Quels sont vos projets d'écriture pour l'avenir ?
J’achève actuellement un deuxième roman, qui raconte le destin des enfants de Léa et de Gaston, les deux personnages sur lesquels se clôt Pour que la mort ne crie pas victoire. L’action se situe également dans les Vosges, autour du même hameau, mais pendant la Seconde Guerre mondiale. J’ai aussi d’autres projets, plus lointains, et je ne compte pas m’arrêter en chemin.