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5 éditeurs normands réunis pour lancer une boutique éphémère

Badge colov2Cinq maisons d'édition en Normandie unissent leurs forces, leurs convictions, leurs passions pour continuer à faire vivre la bibliodiversité : La Marmite à Mots, jeunesse, Éditions Le Soupirail, littérature française et étrangère Éditions Zinédi, littérature générale, RABSEL Éditions, spiritualité, FLéditions, photo. Le projet ? Ouvrir une boutique éphémère au Havre en novembre et décembre, Le Havre aux livres pour aller à la rencontre de notre public, partager nos expériences éditoriales, faire connaître notre métier et notre savoir-faire et faire face, ensemble, aux difficultés économiques qui touchent durement les maisons d'éditions indépendantes, fortement et durablement impactées par la crise sanitaire. La visibilité durement acquise en librairie s'est effondrée : nous avons dû reporter ou annuler nos parutions, les manifestations littéraires s'annulent les unes après les autres, les libraires ont fait le choix, compréhensible, de mettre en avant les blockbusters littéraires et les livres des grandes maisons de la rentrée littéraire, puis des prix pour des raisons économiques.

L'ouverture d'une boutique éphémère créative et innovante va nous permettre de créer un événement inattendu, surprenant et attisant ainsi la curiosité. La création d'un showroom temporaire suscitera l’intérêt car il n'existe quasiment pas de boutique dans ce genre. De plus, nous pourrons aussi y présenter notre fonds et pas uniquement nos nouveautés.

Par ailleurs, cette première mutualisation pourrait servir de base à une réflexion plus vaste à entamer entre éditeurs indépendants d'une même région sur la création d'une association d'éditeurs et de la nécessité de se regrouper sur un certain nombre d'actions.

Nous avons besoin du soutien de tous, vous pouvez nous aider à concrétiser ce projet, qui a reçu le soutien plein et entier de la Drac, de l'agence Normandie Livre et Lecture, de la région, en contribuant pour quelques euros au financement participatif sur Ulule et en venant nous rencontrer aussi bien sûr !

San Matteo par Martine Gasnier

C’est un couvent abandonné sur les quais du fleuve où l’on flâne en songeant à toutes les splendeurs de cette terre toscane que l’on retrouve avec une gourmandise toujours renouvelée. On hésite à y entrer, retenu par la peur du sacrilège que nous commettrons car l’édifice, dès l’abord enseigne l’humilité. Fussions nous mécréants que nous trouverions la foi en pénétrant dans le cloître oublié. L’herbe a remplacé la pelouse, parsemée d’innombrables petites fleurs, elle évoque une tapisserie que l’indifférence des hommes aurait tissée, et la fontaine, réduite à l’état de vestige, a renoncé à sa mission purificatrice. Aucune monacale silhouette ne déambule plus sous la galerie où l’on a entreposé des témoignages archéologiques comme autant de veilleurs qui nous appelleraient à la vigilance ; des sarcophages gréco-romains y voisinent avec des chapiteaux chrétiens, les uns racontent rites païens et conquêtes, les autres des scènes évangéliques mais tous disent d’où nous venons et à quelles sources nous nous sommes abreuvés pour bâtir une civilisation qui agonise par manque de soins. Un étrange sentiment de culpabilité nous assaillit à la pensée que nous pourrions nous-mêmes en être les bourreaux. Avec une précaution qui touche au respect, nous poussons une lourde porte et gravissons un escalier, certains d’accomplir là un miracle. En haut, nous découvrons une salle plongée dans la pénombre et remplie d’une armée de mâts dressés vers la voûte. Les yeux, interdits, doivent s’habituer avant de comprendre que l’on est là au royaume de la mort et que c’est la figure du Christ qui nous y accueille. Alors brisés par l'émotion, on s’assied pour passer un moment auprès du supplicié tant aimé des peintres quand ils mettaient de l’or sur leurs tableaux et s’élevaient au rang du divin. Malgré l’horreur de la scène, on n’échappe pas au sentiment de plénitude qui envahit ce sanctuaire où le prophète devient victime sacrificielle. Torturé par une insupportable souffrance, son visage se fait le symbole de toutes les barbaries subies, et le sang qui jaillit de son flanc nous éclabousse jusque dans nos illusions d’une possible bonté humaine. Parfois, comme un antidote à tant de désespoir, il arrive que la face du martyr nous soit offerte porteuse d’une sérénité qui fréquente déjà l’au-delà. Ses yeux sont désormais clos sur un rêve qui a enfin pris corps et, de sa bouche entr’ouverte, on entend s’échapper d’ultimes paroles d’amour. On aimerait caresser sa longue chevelure ondulée à la douceur presque féminine pour le consoler du mépris de la foule haineuse et de la lâcheté du procurateur romain. On s’aperçoit qu’il est trop tard et notre impuissance résonne en nous comme une malédiction. Perdus au milieu de ces croix rassemblées, nous demeurons silencieux, des souvenirs renaissent que nous croyions oubliés, nous retrouvons l’odeur du buis que, le jour des Rameaux, nous déposions sur les tombes et les rites religieux enténébrés de la Semaine Sainte jusqu’à la résurrection. Dehors le soleil brille et les promeneurs s’attardent aux terrasses des cafés, nous irons les rejoindre plus tard, quand la voix d’un gardien pressé nous intimera l’ordre de rejoindre le monde et que nous serons sûrs de pouvoir, à nouveau, l’affronter.

Extrait de Carnets d’Italie, Souvenir du couvent San Matteo de Pise, ©Martine Gasnier.

Romans de Martine Gasnier publiés aux éditions Zinédi :
Un prince mélancolique
Itinéraire d’un révolté
L’Affaire Julie Clain, Prix de Littérature 2020 des Lions clubs de Normandie

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© Photos Christian Gasnier

Petite Géographie Vagabonde - 13 suivi de l'épilogue de Martine Gasnier

Depuis qu’il s’est installé « Passage de l’Abreuvoir », Léon a conjuré la peur qui le tenaillait de ne pouvoir assouvir son inextinguible soif. De sa fenêtre, il a vue sur le bistrot dont l’enseigne, un cheval de trait pommelé se désaltérant dans une eau courante aux vaguelettes rafraîchissantes le rassure, sauf que lui préfère le zinc et les chopes de bière. Du précieux breuvage il goûte d’abord, yeux clos, la mousse et se sent alors devenir aussi léger qu’elle. Il fait durer ces instants annonciateurs du plaisir presque inavouable qu’il ressentira bientôt, lorsque le liquide d’or coulera en lui. De temps en temps il s’extraira de sa voluptueuse rêverie pour constater que le temps assassin a vidé son verre. Il le fera à nouveau remplir pour montrer que rien ne peut avoir raison de sa détermination à rejoindre de drôles de paradis dont il ne dira rien à ses voisins de comptoir qui voudraient pourtant bien savoir. Sa vie d’avant, il ne s’en souvient pas, juste quelques bribes parfois qui éclairent d’une lumière éblouissante et éphémère sa mémoire endormie, une plage ensoleillée quelque part sur une île trop futile, un rire de femme en réponse à ses mots d’amour et un naufrage un soir de désespérance. Puis sa quête de l’oubli qui lui a laissé le cœur sec, si sec...

ÉPILOGUE
Ainsi vivent les hommes, entre un lieu de hasard, leurs rêves perdus et leurs fantasmes. Certains s’en accommodent et traversent la vie en gardant au fond du cœur l’espoir insensé d’un miracle, accrochés à la promesse d’une aube tout en douceur ou à celle d’une nuit étoilée ; d’autres, plus lucides, ont renoncé. Leur existence se résume à une suite de jours cruels qui les consument, ils savent que seule la mort les délivrera du joug sous lequel ils ploient, mais ils continuent à vaquer, pauvres hères, à leurs vaines occupations pour tenter, malgré tout, d’échapper à leur destin. Ceux-là sont des millions à n’habiter nulle part ailleurs qu’enfermés dans une inconsolable douleur. Ils sont nos frères que nous remarquons à peine lorsqu’il nous arrive de traverser, à la hâte, la rue des Martyrs.

Martine Gasnier vous livre chaque lundi un des treize textes formant sa « Petite géographie Vagabonde ».
© Martine Gasnier, juin 2020

Romans de Martine Gasnier publiés aux éditions Zinédi :
Itinéraire d’un révolté
L’Affaire Julie Clain, Prix de Littérature 2020 des Lions clubs de Normandie
Un prince mélancolique - À paraître le 24 septembre 2020

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Petite Géographie Vagabonde - 12 de Martine Gasnier

Est-ce d’habiter rue des Quatre Vents qui rendait Blaise si léger ? Il traversait la vie, porté par une insouciance dont il avait fait son signe distinctif. Il était ainsi parvenu à accorder aux autres un intérêt factice, juste pour se rendre aimable, veillant à ne jamais se laisser surprendre par un attachement inopportun. Il répondait aux invitations les plus diverses avec le même empressement, c’est-à-dire la même indifférence qui lui faisait confondre vulgarité et élégance. Il gaspillait ainsi son temps entre propos vaniteux et bulles éphémères. Sa présence, recherchée par tous, était devenue indispensable à la réussite des soirées dont la répétition aurait fini par engendrer l’ennui. Séducteur impénitent, il soulevait chez les femmes un enthousiasme que lui enviaient les maris sans panache. Pour ne déplaire à aucune, il les flattait toutes, entraînant les plus jeunes, au volant de son cabriolet, vers une plage à la mode, accompagnant les plus vieilles, en taxi, à l’opéra, protecteur un jour, gigolo un autre mais seulement comme au cinéma. Lorsque, tard dans la nuit il regagnait sa demeure, il ressentait le bonheur du devoir accompli. Ses interlocuteurs, conquis d’avance, s’étaient montrés ravis de sa compagnie. On avait loué son esprit, on comptait sur lui pour une prochaine fois et son cœur n’avait pas pris une ride.

Martine Gasnier vous livre chaque lundi un des treize textes formant sa « Petite géographie Vagabonde ».
© Martine Gasnier, juin 2020

Romans de Martine Gasnier publiés aux éditions Zinédi :
Itinéraire d’un révolté
L’Affaire Julie Clain, Prix de Littérature 2020 des Lions clubs de Normandie
Un prince mélancolique - À paraître le 24 septembre 2020

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Petite Géographie Vagabonde - 11 de Martine Gasnier

Tancrède avait grandi rue des Remparts, dans une austère maison de granit qui avait autrefois abrité ses ancêtres aventuriers. Son enfance avait été bercée par les récits de faits héroïques dont la véracité n’avait jamais été remise en cause par sa jeune imagination, avide de s’abstraire d’une réalité qu’il pressentait déjà comme décevante. C’est ainsi que chevaliers, preux ou félons, et dames du Moyen Âge se confondirent avec les corsaires et autres explorateurs qu’il rencontrait dans les livres pour former une société fréquentée en secret. Peu à peu, il se défit de son identité comme on se libère d’une entrave. Au gré de sa fantaisie, il chevaucha dans d’épaisses forêts, franchit les océans sur d’orgueilleux vaisseaux, conquit d’imprenables cités et épousa d’exotiques princesses qu’il adora toutes. Il traversait désormais la vie à sa façon, perdu dans un univers auquel personne ne pouvait l’arracher. Aux beaux jours, il hantait les fortifications en contemplant la mer, le regard perdu vers de mystérieux horizons. L’hiver, il vivait en reclus, près de la cheminée, et laissait son esprit vagabond jouer avec les flammes avant de reprendre son livre un moment abandonné. On avait fini par renoncer à comprendre cet homme si détaché des contingences ordinaires que lui parler demeurait vain. Alors, on l’oublia. Lui ne s’en aperçut pas. Depuis longtemps, il savait que son royaume n’était pas de ce monde et qu’il n’avait rien à partager avec les passants fatigués, ployant sous le poids d’un fardeau trop lourd pour eux, empêtrés dans de mesquines querelles dont ils voulaient, à tout prix, sortir victorieux par absurde vanité. Là où il avait choisi de fuir, il était devenu intouchable.

Martine Gasnier vous livre chaque lundi un des treize textes formant sa « Petite géographie Vagabonde ».
© Martine Gasnier, juin 2020

Romans de Martine Gasnier publiés aux éditions Zinédi :
Itinéraire d’un révolté
L’Affaire Julie Clain, Prix de Littérature 2020 des Lions clubs de Normandie
Un prince mélancolique - À paraître le 24 septembre 2020

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Petite Géographie Vagabonde - 10 de Martine Gasnier

Une impasse sans nom abrite la terne existence de Jocelyne. Quand on vit dans un lieu qui ne mène nulle part, on renonce forcément à tout espoir d’évasion et l’on regarde passer les saisons en se penchant sur les hortensias qui font leur possible pour rendre plus attrayante une courette cimentée. La femme a compris depuis longtemps que l’horizon se réduirait pour elle à des allées et venues entre son humble maison et les demeures bourgeoises où elle accomplit chaque jour d’interminables heures de ménage. Son bagage est tout entier contenu dans un sac en plastique, une blouse et des chaussons qui remplacent maillots de bain et espadrilles. Les pays lointains, elle les rêve en époussetant avec précaution les objets rapportés par ceux qui l’emploient. Le beau y côtoie le laid, de la pièce archéologique volée au bibelot acheté dans des magasins pièges à touristes. Pour elle, la différence n’existe pas, tous ces souvenirs se confondent dans son esprit comme autant de merveilles d’ailleurs qu’elle ne connaîtra jamais. Elle s’est fait une raison, cela l’empêche de succomber à une souffrance teintée de jalousie quand, après une journée, elle allume le poste de télévision, compagnon de ses soirées de solitude, pour suivre l’un de ces documentaires où le moindre jardin devient paradis terrestre, où le ciel et l’océan offrent leur azur à des îles mythiques dont les noms berceront son sommeil.

Martine Gasnier vous livre chaque lundi un des treize textes formant sa « Petite géographie Vagabonde ».
© Martine Gasnier, juin 2020

Romans de Martine Gasnier publiés aux éditions Zinédi :
Itinéraire d’un révolté
L’Affaire Julie Clain, Prix de Littérature 2020 des Lions clubs de Normandie
Un prince mélancolique - À paraître le 24 septembre 2020

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Petite Géographie Vagabonde - 9 de Martine Gasnier

Modeste vivait dans une masure au lieu-dit « Le val d'Enfer ». Son vieux vélo le conduisait chaque jour de ferme en ferme où il louait ses services d’homme un peu simple contre un salaire de misère. Dans cette morne existence, le retour de la belle saison, avec son cortège de fêtes patronales, retentissait comme un événement que le tâcheron n’aurait, à aucun prix, raté. Il arrivait au village en pédalant à perdre haleine pour être parmi les premiers à s’élancer sur la piste au son de l’accordéon musette. Lorsqu’il mettait pied à terre, de plus chanceux que lui avaient déjà enlacé les jolies filles qui laissaient voir, sous leurs robes de broderie anglaise virevoltante, des cuisses de nymphes. Enfants de la petite bourgeoisie, elles s’encanaillaient une fois l’an en compagnie de garçons qui feraient de bons maris. Modeste, lui, devait se contenter d’une quelconque domestique au sourire timide et aux mains déjà déformées par d’ingrats travaux. Une fois qu’il l’avait prise pour cavalière, il ne la lâchait plus, par peur de se retrouver seul, sans doute. Unis par leur condition de laissés pour compte, ils valsaient avec une ardeur qui ressemblait à de la rage. Leurs pieds effleuraient le parquet et leurs corps disgracieux devenaient soudain légers. La danse les transportait dans une contrée d’eux seuls connue, ils y oubliaient le fardeau qu’ils portaient, les remontrances et les injures. Ensemble ils devenaient plus forts, peut-être même caressaient-ils un rêve d’avenir.

Martine Gasnier vous livre chaque lundi un des treize textes formant sa « Petite géographie Vagabonde ».
© Martine Gasnier, juin 2020

Romans de Martine Gasnier publiés aux éditions Zinédi :
Itinéraire d’un révolté
L’Affaire Julie Clain, Prix de Littérature 2020 des Lions clubs de Normandie
Un prince mélancolique - À paraître le 24 septembre 2020

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Petite Géographie Vagabonde - 8 de Martine Gasnier

À l’heure de la retraite Henri, l’instituteur, avait choisi d’habiter une modeste maison située rue des écoles. C’était pour lui une façon de ne pas renoncer ; son adresse devenait un bouclier contre l’oubli social qui suivait inéluctablement l’abandon de la vie professionnelle. Il transporta donc là ses quelques meubles, symboles d’une vie économe de vieux garçon en attachant une importance particulière aux attributs de son autorité : une mappemonde, des planches murales illustrées, sans oublier le livre de morale et la règle dont il menaçait les cancres. Puis il se mit à attendre d’hypothétiques élèves qui ne viendraient pas en préparant des leçons qu’il ne donnerait plus. Seuls les rêves lui portaient secours. Il écrivait au tableau une de ces maximes destinées à édifier les jeunes esprits ou posait des opérations dont la complexité réjouissait la part de sadisme qui l’habitait. Seuls les meilleurs vaincraient la difficulté, les autres comprendraient qu’ils n’avaient pas assez d’entendement pour être aimés du maître qui distribuait bons et mauvais points en monarque absolu. Quand sonnait son réveil, il gardait les yeux clos quelques instants et s’attardait dans la salle de classe avant de retrouver le vide d’une nouvelle journée. Seules les vacances mettaient un terme provisoire à la situation, il faisait ses bagages et partait pour le bord de la mer où il attendrait la prochaine rentrée.

Martine Gasnier vous livre chaque lundi un des treize textes formant sa « Petite géographie Vagabonde ».
© Martine Gasnier, juin 2020

Romans de Martine Gasnier publiés aux éditions Zinédi :
Itinéraire d’un révolté
L’Affaire Julie Clain, Prix de Littérature 2020 des Lions clubs de Normandie
Un prince mélancolique - À paraître le 24 septembre 2020

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Petite Géographie Vagabonde - 7 de Martine Gasnier

C’est une femme anonyme venue vivre là, un jour de grande détresse, dans une banlieue bâtie sur un terrain vague que les immeubles n’ont jamais pu humaniser. De son appartement aux fenêtres perdues dans l’uniformité des façades, elle contemple ce succédané de paysage où une auto a fini sa course. Aujourd'hui réduite à l’état de carcasse, elle est devenue le symbole de la perte de toute illusion. Cabossée et meurtrie, elle sert parfois de refuge à des gamins en mal d’évasion qui s’installent au volant et entreprennent un immobile voyage. La femme, elle, n’attend plus rien d’une lointaine aventure, elle a même oublié que des contrées plus douces puissent exister. Quand elle veut trouver une échappatoire à la monotonie des jours, elle se rend au supermarché tout proche, nouveau lieu sacré d’une civilisation à bout de souffle. Là, elle se livre à un rituel d’où, étrangement, l’accumulation des biens est proscrite. Posséder n’est pas son affaire et le caddie toujours vide, elle ressort du grand magasin pour se lancer dans une course folle qui la reconduira chez elle. Elle fend le no man's land de sa vie en poussant devant elle un inutile chariot mais elle sourit aux rêves qu’elle a pu caresser dans le temple de l’opulence. Seul un chien en quête d’un os à ronger la regarde passer et s’interroge.

Martine Gasnier vous livre chaque lundi un des treize textes formant sa « Petite géographie Vagabonde ».
© Martine Gasnier, juin 2020

Romans de Martine Gasnier publiés aux éditions Zinédi :
Itinéraire d’un révolté
L’Affaire Julie Clain, Prix de Littérature 2020 des Lions clubs de Normandie
Un prince mélancolique - À paraître le 24 septembre 2020

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Rencontres littéraires et musicales en Normandie le 11 juillet 2020

Face à l’annulation en cascade des salons, à la fermeture des librairies pendant près de deux mois, à une reprise en demi-teinte, un avenir très incertain pour l’édition indépendante, deux éditrices ont décidé de prendre la vache normande (très jolie, au demeurant) par les cornes en organisant samedi 11 juillet des rencontres littéraires et musicales au Domaine de La Touche à Saint-Denis-sur-Sarthon (61420). Cinq auteurs présenteront leur univers littéraire et liront des extraits de leurs livres et, pour la musique, le couple Poincheval nous emmènera dans une de leurs ballades poétiques.

L’entrée est libre et gratuite à partir de 11 heures. Les présentations des textes et les lectures se dérouleront de 14 heures à 17 heures, et l’après-midi se terminera en musique et autour d’un verre.

Avec les éditions Le Soupirail et les éditions Zinédi, Marie-France de Monneron, Valdas Papievis, Gilles Pivard, Mahmoud Chokrollahi, Martine Gasnier et les Poincheval.

Programme détaillé page suivante.

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Petite Géographie Vagabonde - 6 de Martine Gasnier

Louise était pieuse et habitait place de l’église, ainsi pouvait-elle, chaque jour, se préparer à entreprendre un voyage dans l’éternité. On la voyait gravir les marches qui menaient à l’édifice sacré. Elle en poussait avec peine la lourde porte et pénétrait dans une pénombre qui lui donnait le frisson. Après s’être prosternée en une génuflexion appuyée, elle s’abîmait dans la prière et la contemplation. Jésus le crucifié l’invitait en Palestine et elle l’accompagnait de Nazareth au Golgotha jusqu’à sa résurrection. Au dessus de l’autel, Marie s’envolait vers le Paradis, entourée d’angelots qui lui lançaient des roses. La mère éplorée allait rejoindre son fils au ciel pour y vivre une félicité infinie. C’était cela devenir immortel, se libérer de son enveloppe charnelle pour parvenir dans une contrée éthérée d’où le malheur est banni. La femme savait son départ imminent, elle en était à la fois terrorisée et réjouie. La promesse d’un au-delà, sorte d’éden dont elle ne savait rien, lui était douce. Son existence de vieille fille virginale la rassurait. Si, un jour, elle devait connaître le Jugement dernier, elle serait forcément du côté des élus et se délecterait peut-être du spectacle des damnés cuisant dans d’impressionnantes marmites, surveillés par des diables hilares. En attendant, elle allait regagner son logis et retrouver ses parcimonieuses occupations, soucieuse de ne pas hypothéquer son avenir.

Martine Gasnier vous livre chaque lundi un des treize textes formant sa « Petite géographie Vagabonde ».
© Martine Gasnier, juin 2020

Romans de Martine Gasnier publiés aux éditions Zinédi :
Itinéraire d’un révolté
L’Affaire Julie Clain, Prix de Littérature 2020 des Lions clubs de Normandie
Un prince mélancolique - À paraître le 24 septembre 2020

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Petite Géographie Vagabonde - 5 de Martine Gasnier

Avenue de la gare, dans un de ces mornes immeubles noircis par une urbaine pollution, vivait Thomas. Il avait choisi cet endroit, non pour ce qu’il était, plutôt laid, mais pour ce qu’il représentait : la possibilité de voyages infinis. Petit, déjà, à l’école, il s’égarait dans les méandres des fleuves, et haletait au pied des sommets qu’il gravirait un jour. Il aimait ces cartes murales qui l’invitaient à l’évasion et rendaient plus feutrée la voix impérieuse du maître d’école. Il bâtissait ainsi, peu à peu, un royaume dont il serait l’héroïque aventurier. Quand son enfance s’acheva, il n’avait pas bougé de chez lui où des parents, peu curieux du monde, le maintenaient, mais il savait qu’il partirait bientôt et pour être tout à fait sûr, il avait opté pour le voisinage du chemin de fer. Chaque jour il retrouvait le hall où des êtres portant bagages se croisaient, se séparaient dans la tristesse ou se retrouvaient dans la joie. Lui, contemplait les tableaux des départs avec fièvre, sans vraiment élire une destination précise, toutes revêtaient pour lui le même charme et sonnaient à ses oreilles avec une poésie de lui seul appréciée. Dans son imagination, Verdun se confondait avec Nice, Roubaix avec Marseille, les noms qui s’allumaient étaient tous également promesses de bonheur. Il suffisait qu’il réunît quelques effets dans son sac de toile de baroudeur et qu’il prît un ticket pour l’inconnu. Il le ferait demain très certainement quand il aurait enfin renoncé à ce qui le retenait encore prisonnier.

Martine Gasnier vous livre chaque lundi un des treize textes formant sa « Petite géographie Vagabonde ».
© Martine Gasnier, juin 2020

Romans de Martine Gasnier publiés aux éditions Zinédi :
Itinéraire d’un révolté
L’Affaire Julie Clain, Prix de Littérature 2020 des Lions clubs de Normandie
Un prince mélancolique - À paraître le 24 septembre 2020

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Petite Géographie Vagabonde - 4 de Martine Gasnier

Thomas avait grandi Boulevard de l'Océan et, devenu jeune homme, y était demeuré parce que, disait-il, ce lieu ouvert sur l'infini marin serait pour lui un gage de liberté. Il s'installa dans l'idée que nul ne l'asservirait jamais et entreprit de vivre à sa guise. Quand les tramways vomissaient, dans l'aube glacée de l'hiver, la foule laborieuse, lui rêvait au rugissement des vagues et au vol des goélands. Doucement il s'habituait à l'idée que le vent du large altérerait sa respiration et brouillerait sa vue. Il différait sa sortie jusqu'au moment où il se sentait enfin prêt pour ce voyage à la fois si proche et si lointain qu'il accomplissait comme un rite sacré. Il croisait, sur son chemin, quelque vieille qui, à pas menus, promenait son chien ou bien un homme désormais sans âge qui rentrait chez lui lire le journal acheté au kiosque du coin. Lui était voyageur sans bagages que les entraves de la vie quotidienne ne concernaient pas. Lorsque l'été s'installait, il restait chez lui tout le jour dans l'attente de ce moment béni où les vacanciers replieraient serviettes et parasols, pour s'asseoir aux terrasses des cafés. D'une démarche hâtive, il se dirigeait vers la plage désormais vierge de toute agression. Il s'étendait sur le sable et laissait son esprit vagabonder en contemplant la fuite des nuages. Parfois lui parvenait l'écho de voix lointaines dont il ne cherchait pas à saisir le sens. Il était comme affranchi de tout lien social, entre la mer et lui était née une histoire qui le protégeait du monde. Il devait seulement ne jamais s'en éloigner. Le moindre faux pas lui eût été fatal, les autres l'enviaient et se tenaient en embuscade, prêts à fondre sur lui.

Martine Gasnier vous livre chaque lundi un des treize textes formant sa « Petite géographie Vagabonde ».
© Martine Gasnier, juin 2020

Romans de Martine Gasnier publiés aux éditions Zinédi :
Itinéraire d’un révolté
L’Affaire Julie Clain, Prix de Littérature 2020 des Lions clubs de Normandie
Un prince mélancolique - À paraître le 24 septembre 2020

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Petite Géographie Vagabonde - 3 de Martine Gasnier

Parce qu'elle voulait faire de sa vie une pièce de théâtre, Manon vivait rue de la comédie. Elle s'employait à tenir un rôle qu'elle ne lâchait jamais par crainte de sombrer dans l'anonymat qu'elle redoutait par dessus tout. A cinquante ans, elle possédait ce charme un peu vulgaire des femmes qui refusent de s'incliner devant le temps, arborent une tignasse faussement solaire et des lèvres hollywoodiennes. Elle régnait sur le cœur et l'imagination des hommes du quartier. Du boulanger au fonctionnaire, tous se sentaient les fiancés de cette voisine excentrique que ses congénères s'étaient tout naturellement mises à détester. Elle ne s'en souciait guère et se jetait dans les bras de celui qu'elle avait élu pour jouer le vaudeville de son choix avec une effronterie qui laissait pantois les bien-pensants. Tour à tour femme fatale vêtue de transparence soyeuse ou fausse ingénue en col claudine, elle déambulait, rire sonore et verbe haut, en compagnie de sa proie, attentive à ce qu'on la vît. Elle se plaisait à alimenter les ragots que de plus vieilles qu'elle colportaient de maison en maison et devenait, au fil des jours, une héroïne qui brillait sous les feux de la rampe, soucieuse que son étoile ne pâlit jamais. Fidèle à ses célèbres modèles, elle insistait pour qu'on l'appelât Mademoiselle et voyait dans cette exigence, un gage d'éternité.

Martine Gasnier vous livre chaque lundi un des treize textes formant sa « Petite géographie Vagabonde ».
© Martine Gasnier, juin 2020

Romans de Martine Gasnier publiés aux éditions Zinédi :
Itinéraire d’un révolté
L’Affaire Julie Clain, Prix de Littérature 2020 des Lions clubs de Normandie
Un prince mélancolique - À paraître le 24 septembre 2020

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Petite Géographie Vagabonde - 2 de Martine Gasnier

Les soirs d’été, Antoine s’attardait dans la rue du Paradis, une rue calme bordée de petits jardins noyés dans un fouillis végétal qui réchauffait son cœur prisonnier tout le jour du béton. Il humait l’air que parfumaient des rosiers anarchiques qu’aucune main criminelle n’avait taillés et se laissait envahir par une douce rêverie à peine troublée par le chant d'un oiseau ou le passage d’un chat qui, d'une démarche souveraine, regagnait son logis après une escapade dont il garderait le secret. Il y avait aussi la présence devinée d’une femme qui lisait en savourant la douceur de l’instant, le promeneur l’avait aperçue alors qu’elle levait les yeux de son livre et sa pensée ne l’avait plus quitté. De cette apparition, il avait fait la compagne de ses insomnies. Il se plaisait à imaginer sa vie solitaire au sein d’une maison toute vibrante des plus belles pages d’une littérature qu’un jour elle lui ferait découvrir. Elle lui raconterait des histoires éternelles d’amour et d’aventures qu’il ferait siennes pour devenir le héros qu’il n’avait jamais été. L’image d’une vie quotidienne, empêtrée dans les soucis mesquins s’effacerait peu à peu jusqu’à n'être plus qu’un souvenir intermittent. Il abandonnerait son logis dont la boîte à lettres dégorgerait d’un inutile courrier et ne franchirait plus jamais le seuil de son misérable bureau. Désormais, son avenir était là, près d’un être dont la réalité lui échappait parfois quand il voulait la saisir. Il persévérait pourtant, sûr qu’un jour il pénétrerait dans cet éden d’où le péché était banni. Il oubliait que la promesse du bonheur est un mirage aveuglant, la rue du Paradis en demeurerait l’antichambre mais aucune porte, jamais, ne s’ouvrirait sur la lumière.

Martine Gasnier vous livre chaque lundi un des treize textes formant sa « Petite géographie Vagabonde ».
© Martine Gasnier, juin 2020

Romans de Martine Gasnier publiés aux éditions Zinédi :
Itinéraire d’un révolté
L’Affaire Julie Clain, Prix de Littérature 2020 des Lions clubs de Normandie
Un prince mélancolique - À paraître le 24 septembre 2020

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Petite Géographie Vagabonde -1 de Martine Gasnier

Élise s’était installée « via dell'amore », une rue où le temps a refusé de poursuivre sa course pour permettre à l’homme de se sentir immortel. Insouciante, elle a oublié de surveiller son cœur qui s’est vite mis à faire l’école buissonnière. Il a d’abord écouté les mots sucrés murmurés par un voisin timide qui frémissait de son audace, peut-être même l’a-t-il encouragé à poursuivre avant de se lasser de ces interminables balbutiements. Quelques maisons plus loin vivait un peintre dont l’atelier apparut à ce cœur vagabond comme la promesse d’un miracle. Il entra et fut immédiatement fasciné par le désordre tout éclaboussé de couleurs qui régnait là. Des toiles inachevées côtoyaient de vieux chiffons saturés de taches et des piles d’annuaires téléphoniques poussiéreux, lien symbolique et peut-être rassurant avec le monde du dehors. Le maître des lieux l’invita à rester, il accepta et vécut dès lors une histoire peuplée des fantasmes de l’artiste. Les premiers temps, il en éprouva du bonheur ; attentif et doux il soignait des états d’âme qui, un jour pourtant, lui devinrent insupportables. Il s’enfuit un soir d’été, aiguillonné par la musique que déversait une fenêtre ouverte et prêt à tout pour quelque flirt sur l’une de ces chansons sentimentales qui lui faisait battre la chamade. Il se perdit quelque temps entre jamais et toujours, s’émut, pleura un peu et finit par songer au retour. Élise l’a retrouvé un matin sur le seuil de sa maison, elle lui a ouvert en souriant, l’air un peu coupable son cœur s’est excusé d'une aussi longue absence et a promis de ne pas recommencer.

Martine Gasnier vous livrera chaque lundi un des treize textes formant sa « Petite géographie Vagabonde ».
© Martine Gasnier, juin 2020

Romans de Martine Gasnier publiés aux éditions Zinédi :
Itinéraire d’un révolté
L’Affaire Julie Clain, Prix de Littérature 2020 des Lions clubs de Normandie

 

 

 

Le feuilleton de l’après Covid19 - Avant-propos

Nous dédions ces pages à notre ami et auteur Jean-Pierre Croset, parti rejoindre les muses qui l’ont accompagné toute sa vie.

Et ensuite... Le feuilleton de l'après confinement par les auteurs des éditions Zinédi - Avant proposEt ensuite... L’histoire commence à la fin de l’épidémie de Covid 19, en s’inspirant pour son démarrage de la conclusion de La Guerre des Mondes de H.G. Wells : « Il est possible que, dans le plan général de l’univers, cette invasion ne soit pas pour l’homme sans utilité finale ; elle nous a enlevé cette sereine confiance en l’avenir qui est la plus féconde source de la décadence ; elle a fait à la science des dons inestimables, et contribué dans une large mesure à avancer la conception du bien-être pour tous, dans l’humanité. »

Le personnage central, dont les auteurs de Zinédi racontent les tribulations, apprend la bonne nouvelle à la radio : dans sa région, le confinement est levé. Enfin, la liberté et le bonheur retrouvés ! Vraiment ?

Pierre Efratas, en bon conteur, a la lourde charge de démarrer cette histoire... et de la terminer !

Désormais, le feuilleton est publié dans son intégralité en version numérique et le sera prochainement en version imprimée. Les droits seront reversés au Secours Populaire. Acheter le livre numérique sur le site leslibraires.fr.

© crédit photo JillWellington@Pixabay

Vérité, poème de Claude Sarrassat

Vérité

Poème de Claude Sarrassat

La Vérité sortit du puits
On la croyait dans les étoiles,
Au bord des trous noirs de la nuit,
Dans le sillage d’une voile .

Sous un manteau, elle était nue
Et le visage à découvert.
Personne ne l’a reconnue,
Le long de son chemin désert.

On rêva de la détenir,
Depuis, frileuse, elle se cache,
Des philosophes, des émirs,
Des dogmatiques qui la fâchent.

Certains ont cru la reconnaître
Dans une symphonie de Mozart,
Le tableau d’une scène champêtre,
Un poème de Paul Eluard.

En vérité, Jésus l’a dit,
Elle est en marche sur la Terre,
Poursuivant la quête infinie
D’élever les hommes au rang de frères.

© Claude Sarrassat, mai 2020
Nous, les gosses - Un quartier de Paris sous l’Occupation

Le feuilleton de l’après Covid19 - chapitre 1

Rocher Antarctique à tête de loup - Et ensuite... chapitre 1 du feuilleton écrit par les auteurs des éditions ZinédiEt ensuite... Chapitre 1 par Pierre Efratas (Les Deux Chants du Cygne)

Au début, j’avais cru à un canular de facétieux admirateurs de H.P. Lovecraft. Ces soi-disant traces d’une ancienne colonie humaine enfouie sous deux kilomètres de glace antarctique me faisaient invinciblement penser aux montagnes hallucinées du papa de Cthulhu.

Hallucinées était le mot, et en dépit de la vieille amitié qui me liait à Henry Dodgson, professeur retraité d’archéologie de l’Université de Cambridge, j’avais refusé, poliment mais instamment, de perdre mon temps en recherches sur une théorie clinquante aussi peu étayée par les faits. Je suis archéologue spécialisée dans les anciennes civilisations arctiques, et le pôle Sud ne me concernait en rien !

Peu convaincu par mon refus, le bon Henry avait tenu à envoyer à « sa très estimée collègue » (moi, Juliette Maroy, grande découvreuse) des photos prises par la Nasa à l’occasion des essais de lancement de l’ICESat-2, un satellite d’observation de la surface de la glace polaire. Les clichés obtenus comportaient effectivement des bizarreries topographiques. Avec un peu d’imagination et en se fiant exclusivement à la conformation de l’ensemble, on pouvait penser à des structures pyramidales et même à l’architecture d’une cité enfouie. Cependant, il arrive aussi que les nuages ressemblent à des éléphants ou à des licornes. Or, jusqu’ici, il fallait bien admettre qu’aucune défense ou corne en ivoire n’était tombée du ciel. Je réservai la primauté mondiale de cette observation à Dear Henry, espérant décourager ses entreprises de subornation scientifique. 

Ce glorieux échange eut lieu en mai 2017. À cette époque, j’étais trop occupée par mes travaux sur d’anciens outils découverts sous un muret de cailloux érigé à l’extrême nord de l’aire géographique attribuée jusque-là aux Inuits, pour me préoccuper des obsessions d’un retraité qui s’ennuyait.

Trois ans passèrent sans plus de nouvelles de sa part et le monde en profita pour tomber dans la léthargie du Covide intégral. Mais pas Dodgson ! Le 25 juin 2020, en effet, il choisit de relancer sa brillante affaire.

Étant confinée, je croyais tenir le prétexte plus ultra pour lui répondre par une fin de non-recevoir. Pensez-vous ! Au lieu de me laisser claquer des dents à l’idée de choper la saloperie couronnée ou de rêver au Grand soir du jour du déconfinement, le vieux loufoque se mit à me harceler. À son estime, de nouveaux clichés encore plus sensationnels que les précédents ne pouvaient que dynamiter mon étroit rationalisme cartésien. Il m’en bombarda littéralement.

– Regardez, Juliette, n’est-ce-pas terriblement excitant ?

– Certainement. Mais comme je vous l’ai dit précédemment, je ne suis pas compétente en cette matière et je vous suggère vivement de prendre contact avec le British Arctic Survey. Eux pourront certainement vous répondre.

– Vous croyez au Père Noël, Juliette ? J’ai essayé. Et vous savez quoi ? Ces têtes dogmatiques n’ont rien à faire des preuves que je leur apporte.

– Vous m’en voyez terriblement désolée.

– Arrêtez de vous payer ma tête et regardez plutôt ce que je vous envoie.

À cet instant, une main tambourina à ma porte, main s’accompagnant d’une voix de garage qui s’écria : « Madame la Professeure ! Ça y est ! La télé a dit que le déconfinement était pour ce soir ! »

La nouvelle était heureuse et j’en remerciai poliment ma gardienne d’immeuble, sans ouvrir mon huis cependant, littéralement sidérée par ce que Dodgson venait de m’envoyer.

À suivre...

La suite est à lire dans le livre numérique en vente sur le site leslibraires.fr au prix de 1,99 € et sur tous les sites de vente en ligne. Les droits du livre sont reversés au Secours Populaire.

© Crédit photo Liam Quinn

Le feuilleton de l’après Covid19 - chapitre 2

Oeil ordinateur - Et ensuite... chapitre 2 du feuilleton écrit par les auteurs des éditions ZinédiEt ensuite... Chapitre 2 par Jean-Louis Azencott (Les Petits Matins, La Trappe, Les Fables de La Fontaine en argot illustrées)

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