martine gasnier

Mona Lisa s'ennuie

Par Le 30/08/2021

Les portes du musée se sont refermées sur ses trésors. Le silence règne désormais là où, tout le jour, des hordes bruyantes de visiteurs pressés n'ont fait que frôler en passant des œuvres outragées par leur indifférence. Dans les grandes salles endormies s'accomplit le miracle d'une résurrection. Un à un, les tableaux retrouvent leur histoire débarrassée des commentaires oiseux. Ils se souviennent de leur naissance dans l'atelier où le maître livrait, pour leur donner vie, un combat de titan. Ils portent en eux les coups de pinceau rageurs ou tendres selon les jours et tout le rêve d'immortalité de leur auteur. En cette nuit où, la clarté de la lune invite à l'aventure, ils s'animent soudain pour organiser un colloque où chacun se racontera par delà les siècles qui les ont épargnés avec plus ou moins d'indulgence. Derrière la vitre pare-balle la protégeant du geste inconsidéré d'un fou amoureux ou d'un illuminé, Mona Lisa songe à l'opportunité d'une telle initiative. Y répondra-t-elle ? Elle sait depuis longtemps que le mystère qui l'entoure contribue à sa célébrité. Par millions, les étrangers accourent rien que pour la voir, elle, dont ils capturent le sourire énigmatique d'un geste machinal pour le rapporter chez eux au même titre que la Tour Eiffel ou l'Arc de triomphe. Elle s'en agace parfois en secret mais continue de se montrer aimable. Elle ne doit, à aucun prix, décevoir ses admirateurs d'un instant volé à la frénésie du voyage. Car la foule qui se bouscule pour l'apercevoir flatte sa vanité. Elle la contemple avec distance qui sied à une déesse honorée par un rite profane synonyme de gloire. Elle oublie les casquettes et les perches à selfies pour songer au faste d'antan. Et la cohue se fait bal à la Cour. Lorsqu'elle surprend la solitude de ses voisines autrefois adulées puis oubliées, elle se dit qu'elle a bien de la chance. Garder le silence lui apparaît alors comme la meilleure attitude à observer pour se protéger de toute indiscrétion. Elle affichera sa réserve en demeurant, impénétrable, derrière sa vitre. Demain, dès l'ouverture des lieux, elle sera prête à reprendre son rôle de diva. Les discussions enflammées du voisinage à propos des mérites des uns et des autres la tinrent éveillée une partie de la nuit. L'aube arrivant et la fatigue avec elle, tout le monde regagna ses cimaises et s'endormit.
Mona Lisa fut tirée du sommeil par le bruit familier de la clef tournant dans la serrure. C'était l'heure de l'ouverture au public et les gardiens allaient prendre leur poste. L'homme en uniforme entra et comme chaque matin la salua, l'air soulagé qu'elle fût toujours là. Il ne gratifia les autres que d'un simple coup d’œil. Après quoi, et contre toute habitude, il ressortit et ferma la porte à double tour. D'abord incrédule, la belle Italienne dut bientôt se rendre à l'évidence, aujourd'hui les admirateurs ne seraient pas au rendez-vous. La journée commença de s'étirer, interminable. Quand lui parvenaient des sons de voix lointains, une lueur d'espoir s'allumait en elle mais les indices de vie s'évanouissaient vite et elle était à nouveau la proie d'une insupportable attente. La tombée de la nuit fut pour elle une délivrance. Elle se laissa bercer par les ténèbres tandis qu'autour d'elle, ses voisins étaient redevenus muets. Demain, l'humanité retrouverait le goût du divertissement. Mais rien de ce qu'elle escomptait n'arriva. Le gardien accomplissait sa visite quotidienne au pas de course, sans lui adresser le moindre regard. Un matin, il arriva masqué et elle crut à un cambriolage. Elle souhaita être volée pour connaître des aventures rocambolesques et faire la une des journaux. Elle fut déçue et céda au découragement. Privée de public Mona Lisa s'ennuyait.

©Martine Gasnier

Romans de Martine Gasnier publiés aux éditions Zinédi :
Julien l’exhibé
Un prince mélancolique
Itinéraire d’un révolté
L’Affaire Julie Clain, Prix de Littérature 2020 des Lions clubs de Normandie

Parution du nouveau roman de Martine Gasnier

Par Le 27/05/2021

Affiche julien« Je ne suis pas un animal ! Je suis un être humain ! Je suis un homme ! » (John Merrichk dans Elephant man, le film de David Lynch)

Telle est la citation que Martine Gasnier a choisi de mettre en exergue de son quatrième roman Julien l’exhibé, qui vient de paraître aux éditions Zinéi.

Patrick Vincelet, professeur d’université, écrivain, passionné d’ethnopsychologie, dit dans sa préface : « Dès les deux premières pages, Martine Gasnier vous fait pénétrer dans le Perche normand de la fin du xixe siècle, monde rural pauvre, laborieux, loin des villes où règnent l’activité et la production, les distractions et le mouvement.

Les enfants de ce pays-là ne verront sans doute pas d’autres terroirs ou d’autres horizons que ceux qui permettront aux seuls conscrits de s’en échapper.

Le talent de l’auteur vous fait vivre les intérieurs des lieux, l’intimité des personnages, le déroulement de la vie quotidienne, jusqu’aux parfums d’ambiance et aux états d’âme révélés chez ces taiseux de constitution. Elle est inspirée d’un Giono qui serait de l’Ouest et d’un Balzac avec une psychologie de notre temps.

Dans ce pays du bout du monde où la culture n’a pas raison, naît un petit bonhomme, un pas fini qui n’atteindra que quelques longueurs de cigarettes pour toute hauteur et pour toute sa vie qui, faute de connaissances médicales suffisantes, sera courte. Un nain, dit-on. Il sera aimé sans réserve par ses parents, des sans-grade courageux, bons et tolérants [...]

C’est à un voyage au pays de l’humain que cette lecture, dont on se sent l’Obligé, va vous conduire. Julien est en humanité totale et quand il exhibe sa différence, il n’est que ton miroir, Lectrice et Lecteur. »

En vente dans les librairies qui soutiennent l’édition de création et en commande partout en France et à l’étranger sur commande.

Conte de Noël

Par Le 20/12/2020

Cette année-là, le monde préparait Noël sous la menace. Un être maléfique, dont on ne savait rien, régnait sur terre et répandait la terreur. Certains disaient que des apprentis sorciers, dans des contrées mystérieuses, l’avaient créé en jouant avec des éprouvettes. Forts de leur trouvaille, ils avaient libéré leur créature pour mettre l’humanité à genoux. D’autres, comme au bon vieux temps, évoquaient la colère divine et réclamaient des cérémonies expiatoires. On chercha des boucs émissaires et l’on en trouva. Mais comme la civilisation était passée par là les imprécations demeurèrent virtuelles. On n’eut à déplorer aucun bûcher. Les savants eux-mêmes y perdaient leur latin et le peuple, dubitatif, n’y comprenait plus rien. Il semblait qu’on ne pût combattre la morosité qui, peu à peu, s’était installée sous les masques. On s’apprêtait à vivre des fêtes amputées de leur âme. Seuls les enfants croyaient encore au miracle. Et il eut lieu. Dans toutes les maisons, le Père Noël avait déposé pour eux, au pied du sapin, un livre merveilleux. C’était, dans un pays qui ressemblait au leur, l’union des petits et des grands pour terrasser l’ennemi invisible. À la dernière page, la victoire était assurée. Le covid gisait tout aplati. Autour de sa dépouille une ronde endiablée s’était formée.

San Matteo par Martine Gasnier

Par Le 01/10/2020

C’est un couvent abandonné sur les quais du fleuve où l’on flâne en songeant à toutes les splendeurs de cette terre toscane que l’on retrouve avec une gourmandise toujours renouvelée. On hésite à y entrer, retenu par la peur du sacrilège que nous commettrons car l’édifice, dès l’abord enseigne l’humilité. Fussions nous mécréants que nous trouverions la foi en pénétrant dans le cloître oublié. L’herbe a remplacé la pelouse, parsemée d’innombrables petites fleurs, elle évoque une tapisserie que l’indifférence des hommes aurait tissée, et la fontaine, réduite à l’état de vestige, a renoncé à sa mission purificatrice. Aucune monacale silhouette ne déambule plus sous la galerie où l’on a entreposé des témoignages archéologiques comme autant de veilleurs qui nous appelleraient à la vigilance ; des sarcophages gréco-romains y voisinent avec des chapiteaux chrétiens, les uns racontent rites païens et conquêtes, les autres des scènes évangéliques mais tous disent d’où nous venons et à quelles sources nous nous sommes abreuvés pour bâtir une civilisation qui agonise par manque de soins. Un étrange sentiment de culpabilité nous assaillit à la pensée que nous pourrions nous-mêmes en être les bourreaux. Avec une précaution qui touche au respect, nous poussons une lourde porte et gravissons un escalier, certains d’accomplir là un miracle. En haut, nous découvrons une salle plongée dans la pénombre et remplie d’une armée de mâts dressés vers la voûte. Les yeux, interdits, doivent s’habituer avant de comprendre que l’on est là au royaume de la mort et que c’est la figure du Christ qui nous y accueille. Alors brisés par l'émotion, on s’assied pour passer un moment auprès du supplicié tant aimé des peintres quand ils mettaient de l’or sur leurs tableaux et s’élevaient au rang du divin. Malgré l’horreur de la scène, on n’échappe pas au sentiment de plénitude qui envahit ce sanctuaire où le prophète devient victime sacrificielle. Torturé par une insupportable souffrance, son visage se fait le symbole de toutes les barbaries subies, et le sang qui jaillit de son flanc nous éclabousse jusque dans nos illusions d’une possible bonté humaine. Parfois, comme un antidote à tant de désespoir, il arrive que la face du martyr nous soit offerte porteuse d’une sérénité qui fréquente déjà l’au-delà. Ses yeux sont désormais clos sur un rêve qui a enfin pris corps et, de sa bouche entr’ouverte, on entend s’échapper d’ultimes paroles d’amour. On aimerait caresser sa longue chevelure ondulée à la douceur presque féminine pour le consoler du mépris de la foule haineuse et de la lâcheté du procurateur romain. On s’aperçoit qu’il est trop tard et notre impuissance résonne en nous comme une malédiction. Perdus au milieu de ces croix rassemblées, nous demeurons silencieux, des souvenirs renaissent que nous croyions oubliés, nous retrouvons l’odeur du buis que, le jour des Rameaux, nous déposions sur les tombes et les rites religieux enténébrés de la Semaine Sainte jusqu’à la résurrection. Dehors le soleil brille et les promeneurs s’attardent aux terrasses des cafés, nous irons les rejoindre plus tard, quand la voix d’un gardien pressé nous intimera l’ordre de rejoindre le monde et que nous serons sûrs de pouvoir, à nouveau, l’affronter.

Extrait de Carnets d’Italie, Souvenir du couvent San Matteo de Pise, ©Martine Gasnier.

Romans de Martine Gasnier publiés aux éditions Zinédi :
Un prince mélancolique
Itinéraire d’un révolté
L’Affaire Julie Clain, Prix de Littérature 2020 des Lions clubs de Normandie

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© Photos Christian Gasnier

Prix de littérature 2020 des Lions de Normandie pour L'Affaire Julie Clain

Par Le 28/03/2020

L'Affaire Julie Clain, roman de Martine Gasnier, prix de littérature 2020 des Lions clubs de NormandieC’est aujourd’hui que devait être remis officiellement le Prix de Littérature 2020 des Lions Club de Normandie à Martine Gasnier pour son roman L’Affaire Julie Clain.Cet événement, compte tenu des circonstances, n’a pas pu avoir lieu et son prix lui sera remis à une date ultérieure. Comme sera sans doute remis à une date ultérieure la présentation des 15 oeuvres primées  à la Convention nationale de Marseille. Les éditions Zinédi tenaient néanmoins à adresser à Martine Gasnier un message d’amitié en ce jour particulier.

Vous pouvez vous procurer le livre en version numérique sur les librairies en ligne quand elles ont un site, sur le site des librairies indépendantes leslibraires.fr, ou sur la librairie des éditions Zinédi. Vous pouvez aussi acheter la version imprimée, mais compte tenu du ralentissement dans tous les secteurs d’activité, les temps d’expédition sont allongés. Si vous habitez Argentan, vous pouvez contacter la libraire Demeyere qui assure des livraisons, de même que la librairie Le goût des mots à Mortagne-au-Perche. La maison de la presse de Carrouges, qui est ouverte tous les matins, offre une grande variété de livres, vous y trouverez L’Affaire Julie Clain.

Le Prix normand Lions de Littérature 2020 à Martine Gasnier

Par Le 04/03/2020

Le Comité de Sélection du Prix Normand Lions de Littérature a présenté la participation des Clubs normands et proclamé les résultats des votes des lecteurs. C’est le roman L’Affaire Julie Clain de Martine Gasnier qui a remporté le Prix Normand Lions de Littérature 2020. L’originalité de ce concours réside dans le fait que ce sont les lecteurs qui forment le jury à raison d’une voix par lecteur.
Le Prix sera remis officiellement à Martine Gasnier le samedi 28 mars, lors du Congrès du District Normandie à Argentan.

Les 15 œuvres littéraires primées dans chaque District seront présentées lors de la Convention nationale de Marseille le 23 mai, sur le stand de la Commission Humanisme et concourront pour le Prix national Lions de Littérature 2020. L’Affaire Julie Clain représentera le District de Normandie dans cette compétition nationale.