1557

Roman de Jean-Pierre Croset, préface de Xavier Bertrand

Cv 15571557
ISBN 978-2-84859-141-4
280 pages - 22 €
Broché - Grand format
En librairie le 2 mai 2016

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Revue de presse

Présentation

Le 2 août 1557, Saint-Quentin, bourgade picarde de huit mille âmes, voit l’armée impériale espagnole venue des Flandres mettre le siège devant ses murs. Philipe II, roi d’Espagne, et son commandant en chef Emmanuel-Philibert de Savoie sont certains d’enlever rapidement cette place, s’ouvrant ainsi la route de Paris. Mais c’était sans compter sur la résistance héroïque des habitants. Sous l’impulsion de l’Amiral Coligny, la ville résiste avec acharnement durant vingt-sept jours, sacrifiant ses « Enfants » devenus de véritables remparts humains devant l’assaillant. Ces semaines gagnées ont pour conséquence l’affaiblissement de l’ennemi qui manque maintenant de vivres et d’argent ; mais surtout elles permettent de renforcer la protection de la capitale. Saint-Quentin finit par capituler, livrée au meurtre, au viol, au pillage, mais Philippe II renonce à venir assiéger Paris.
Anne Dassonville, jeune résistante à la pointe des combats, et Guillaume de Rhuis, chevalier au service du roi Henri II, vont tomber passionnément amoureux. Face au péril pesant sur Saint-Quentin, ils vont traverser séparément les épreuves du siège et se perdre.
Anne et Guillaume, se trouveront impliqués dans des événements imprévus mettant leur vie en danger : les complots ourdis par la reine Catherine de Médicis et ses espions, l’emprisonnement d’Anne, les intrigues d’une cour où Diane de Poitiers, favorite du roi, suscite bien des jalousies.
L’auteur entraîne le lecteur dans une aventure romanesque pour mieux lui faire revivre les événements de cette période historique, jusqu’à l’accident mortel du roi de France Henri II et la déchéance de sa favorite.

Extrait

Il fit en sorte d’arriver à Saint-Quentin le samedi, veille de Pentecôte de l’an 1557. Cette ville du Vermandois d’environ huit mille habitants, réputée pour ses pèlerinages, attirait lors des fêtes religieuses nombre de croyants. Venus de Picardie mais aussi de régions voisines, ils célébraient, priaient, imploraient un miracle du saint apôtre et martyr qui donna son nom à la ville. Une humble chapelle, érigée au IIIe siècle, devint un sanctuaire. Au fil de la légende et du temps, elle s’agrandit et se transforma en une collégiale, témoignage de la ferveur des catholiques picards et provinciaux voisins en hommage à ce saint, auteur de nombreux miracles et guérisons.
Georges Montcalm, encore à plus d’une demi-lieue, vit l’imposant édifice dans le soleil couchant, sur la hauteur de Saint-Quentin. Très soigneux de sa personne, chaussé de bottes hautes et souples protégeant en partie ses chausses souillées par le voyage, ce cavalier arborait une large cape sur un pourpoint dessinant des raies, devenues pour l’heure aussi ternes que sa monture. Il aiguillonna son cheval, voulant franchir la porte du bourg avant la nuit afin de trouver gîte et écurie convenables.
À l’approche des murs, il avisa une rivière peu large et sinueuse, la Somme, qui longeait une enceinte vieillissante avant de se perdre dans des marais. Une grande agitation régnait au portail sud. Les fêtes de la Pentecôte précédaient une foire annuelle courue dans la région. La porte d’Isle ouvrait sur l’une des entrées principales de la ville, la plus large, flanquée de deux grosses tours d’artillerie de construction visiblement récente. Cette entrée desservait de part et d’autre un large faubourg, protégé par un maigre rempart. Elle donnait égale¬ment accès à une chaussée pavée assez pentue menant vers les hauteurs de la cité. Sous le porche se bousculaient paysans, pèlerins, mendiants, marchands de toutes sortes, attelages chargés de vivres et de vin. Tous cherchaient à passer de front, leurs bestiaux tirant des charrettes de fourrage où s’entassaient vieillards, infirmes ou paysannes avec leur marmaille. La foule piétinait, s’invectivait, avançait en désordre, se retardant elle-même.
Le guet civil posté là haranguait la populace pour qu’elle se canalise et se hâte de pénétrer en ville, visiblement désireux d’en finir avant la nuit avec ce flot humain désordonné. Cette invasion se répétait chaque année à l’occasion des célébrations du martyr et des principales fêtes religieuses souvent suivies par les foires aux bestiaux, aux grains et aux toiles. Sitôt les portes refermées, la garde irait se régaler à l’auberge Au Pot d’Étain de quelque poule au blanc et salmis de pintade, cuissot de chevreuil ou de sanglier. Pour les amateurs de poisson, on y servait une délicieuse panade de chair de brochet nappée de sauce d’écrevisse ou encore des carpes farcies. Le tout largement et gaiement arrosé. L’endroit, sis dans une lourde bâtisse de bois sous un toit d’ardoises pentu, attirait pour sa cuisine mais aussi pour sa cave. Bien qu’éloigné du centre, l’établissement n’accueillait pas seulement la milice civile locale mais des Saint-Quentinois au bec fin. Cela aurait d’ailleurs pu être l’autre enseigne de ce relais qui recevait toute l’année pèlerins, soldats à pied, cavaliers, voyageurs ou courriers de poste. Tout était aménagé de sorte que chacun puisse trouver bon couvert et repos dans ses murs, à défaut dans les communs attenants.
Montcalm fut parmi les derniers à franchir le rempart d’Isle flanqué de ses deux tours de pierres. Malgré ses nombreuses lieues de chevauchée, il affichait encore une belle prestance. Son toquet aux larges bords de feutre gris laissait échapper une chevelure blond roux. De même couleur, moustaches et barbe taillées donnaient du caractère à ce visage aux traits réguliers. Il paraissait à peine trente-cinq ans, avançait le corps droit sur une sellerie alourdie de fontes de cuir fauve. En d’autres circonstances, sans la fatigue du voyage, on l’imaginait encore plus fringant. À son allure, on le devinait cultivé. Lorsqu’il parut devant le guet, il s’inclina légèrement, marquant son respect et, dans un français sans accent – ce qui tranchait fortement avec le patois local –, il s’enquit d’un endroit où loger. Il venait à Saint-Quentin pour la première fois. Le guet s’empressa de lui recommander l’auberge relais Au Pot d’Étain, deux rues plus haut, à main droite, l’enjoignant de ne point se baguenauder, faute de ne trouver, s’il tardait, que paille et foin pour lui et sa monture. Montcalm toucha le bord de son feutre pour remercier. Il avança lentement à la suite de la fourmilière et de ses charrois qui progressaient péniblement dans la montée de la rue principale. Pris d’impatience, il fit piaffer son cheval et profita du mouvement de surprise et d’écart pour dépasser le gros du lot, se hâtant de rejoindre le lieu indiqué. Bien lui en prit, car il ne restait déjà plus dans l’auberge qu’une chambre sombre sous les combles et une stalle, où le pale¬frenier de service mena, dessella et bouchonna son cheval. Ce dernier eut l’air de se satisfaire des soins et de l’endroit, car il se trouva logé aux côtés d’une jeune jument, un peu efflanquée, certes, mais il s’en accommoderait.
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Philippe II, roi d’Espagne, fils de l’empereur Charles Quint   retiré dans une abbaye de la province espagnole d’Estrémadure après son abdication   et Henri II, roi de France, second fils du regretté François Ier, avaient repris le flambeau guerrier de leurs pères. Ils persévéraient dans les affrontements répétés des guerres d’Italie. En 1556, forte des troupes de l’Allemagne, des Flandres et celles de la reine d’Angleterre en renfort (Marie Tudor avait épousé Philippe II en 1554), l’Espagne étendait sa menace sur le royaume de France de façon plus pressante que jamais. À Bruxelles, Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, gouverneur des Pays-Bas espagnols, commandant en chef des troupes impériales, avait rassemblé une imposante armée composée de soldats réguliers, renforcée de mercenaires venus de divers pays. La rumeur laissait entendre qu’une force d’au moins trente-cinq mille fantassins, soutenue par douze mille cavaliers, allait déferler sur la Champagne ou la Picardie. Le nom de la ville de Guise, place picarde fortifiée, revenait souvent dans les propos. Un danger réel pesait aux frontières du royaume. L’armée royale, l’élite d’Henri II, guerroyait en Italie sous le commandement de François de Guise. Emmanuel-Philibert pouvait ainsi profiter d’une moindre présence des troupes françaises aguerries sur leur sol, lui offrant l’opportunité de prendre des villes clefs, voire de s’ouvrir le chemin de la capitale.
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Pour l’heure, Saint-Quentin en liesse et cependant recueillie priait pour les siens, vivants ou morts, pour le roi et pour soi. À proximité de l’hôtel de ville, magnifique dentelle de pierre à la façade gothique flamboyant se dressait, rue Saint-André, le beffroi en forme de tour carrée. Les étages inférieurs construits en grès abritaient la prison municipale. L’édifice surplombait les habitations bourgeoises du centre. Seule la collégiale, à peu de distance de lui et juchée sur le point le plus élevé de la cité, le surpassait par sa hauteur. Du clocher, la vue s’étendait à des lieues au-delà des remparts, par-dessus les collines environnantes. La cloche principale appelait à la grand’messe, s’époumonant par tous ses abat-vent. L’intérieur de l’église impressionnait. D’ordinaire nu et froid, il s’habillait, pour célébrer les fêtes importantes, de lourdes tapisseries tendues le long de la nef et se rejoignant autour du chœur. D’épais tapis de laine à motifs couvraient l’allée centrale. Nombre d’étendards civils ou militaires drapaient de leurs couleurs vives les hautes colonnes soutenant une voûte digne des plus belles cathédrales. La lumière tombant des vitraux du double transept attisait ors et vermeils sortis pour la circonstance. Bientôt, encens et cierges circuleraient aux mains des officiants en cette messe de Pentecôte.
Levé à l’aube selon son habitude, Montcalm n’assisterait pas à la messe. Aucun bruit ne s’élevait encore de l’auberge ni de la rue. Il dévora le demi-chapon, reste du souper monté la veille dans sa soupente. Toilette faite, linge de corps changé, habits dépoussiérés, il partit à pied découvrir la ville. Les habitations de bois aux façades simples, adossées aux forti¬fications près de la porte d’Isle, dépassaient rarement un étage. Malgré l’heure matinale, les volets commençaient à s’animer, dévoilant pour certaines fenêtres des carreaux ouvragés faits de losanges colorés sertis de plomb. Des silhouettes féminines encore ensommeillées ouvraient leurs croisées sur la rue, ignorant qu’elles s’offraient dénudées au regard du passant. Si certaines répondaient à son sourire, d’autres l’amusèrent en s’esquivant, visiblement surprises. Il continua de suivre un long boulevard bordé de maisons accolées, souvent modestes. Il pensa qu’il ceinturait la ville tel un chemin de ronde. Au passage, Montcalm dénombra six portes : Pontoiles, Saint-Martin, Vieux Marché, Saint-Jean, Remicourt et enfin d’Isle. Les principales – ce qu’il apprit ensuite   ouvraient sur La Fère au sud, Ham à l’ouest, Cambrai au nord. Le rempart, assez vétuste, était flanqué de quelques tours fatiguées. Durant sa promenade, il vit des hôpitaux : Buridan, Saint-Antoine, Saint-Jacques. Un béguinage, des maisons de refuge ou hospices, de grandes abbayes comme celles des Jacobins et des Cordeliers. La fin de sa visite le ramena à la porte d’Isle confirmant l’existence d’un large boulevard ceinturé en partie par la Somme et ses marais.
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Les habitants, dans leur tenue des grands jours, se dirigeaient en famille vers la grande église pour assister à la messe solennelle. Lors des célébrations majeures, on exposait les reliques de saint Quentin. La légende de ce martyr avait de quoi étonner. Montcalm s’en fit conter l’histoire. Natif de Rome, Quentin arriva au IIIe siècle pour évangéliser la région. Il y fit de nombreux miracles, rendant la vue à l’aveugle, faisant parler le muet, entendre le sourd, marcher le paralytique. Sa renommée grandissante lui valut d’être jalousé puis empri¬sonné par un gouverneur romain du Vermandois qui essaya, sous la torture, de lui faire abjurer sa foi. Rien n’y fit. Il finit par lui infliger un supplice d’une férocité inouïe consistant à traverser son corps, de haut en bas, par deux broches de fer. Finalement, on le décapita et son corps fut jeté, en secret, quelque part dans les marécages de la Somme. Cinquante ans plus tard, une riche aveugle romaine nommée Eusèbie, guidée par un songe, retrouva le lieu. Par ses prières, elle fit ressurgir des eaux le corps et le chef du martyr. Elle voulut aller l’ensevelir à Vermand, localité voisine, mais lors du transfert, les bœufs tirant le convoi s’arrêtèrent en haut d’une colline, refusant d’aller plus loin. Eusèbie interpréta ce signe comme une volonté divine et on enterra Quentin à cet endroit. Elle lui fit élever une modeste chapelle et recouvra la vue par miracle. La collégiale trône exactement à cet emplacement.

 

Préface de Xavier Bertrand, président de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, ancien maire de Saint-Quentin

« Depuis des siècles, les Saint-Quentinois ont toujours fait preuve de courage et de résistance face à leurs assaillants.
Le siège de 1557 ne fait pas exception. Il symbolise même la première épreuve qu’ils affrontent, bien avant la guerre de 1870, la destruction de la ville de 1917, les années d’occupation allemande des Première et Deuxième Guerres mondiales et la crise industrielle des années 1970.
Sa position frontalière à proximité de Paris, fait de Saint-Quentin une ville stratégique. Il est même d’usage de dire que les clefs de Saint-Quentin ouvrent les portes de Paris.
Lors du conflit qui oppose le Saint-Empire romain germanique et le royaume de France en 1557, le roi d’Espagne Philippe II décide donc de prendre Saint-Quentin avant de s’attaquer à la capitale. Pendant près d’un mois, la cité est tour à tour assiégée, envahie, pillée, brûlée et détruite. Mais la ténacité des défenseurs de Saint-Quentin est sans borne, le citoyen était un mur comme le dit le vers du poète Santeuil gravé sur la façade de l’Hôtel de Ville : « Civis murus erat ». Philippe II renonce à Paris, la France est sauvée. Plutôt que de se replier sur eux-mêmes, les Saint-Quentinois unissent leurs forces pour reconstruire leur ville dévastée et regarder vers l’avenir.
Ce chapitre tragique et glorieux de l’histoire de Saint-Quentin et de l’Histoire de France, Jean-Pierre Croset nous le fait revivre dans un roman à la Dumas, au travers d’une succession d’intrigues captivantes vécues par des personnages aussi bien fictifs que réels. L’histoire qu’il raconte, la détermination et la résistance d’une population face à la barbarie de l’envahisseur, les valeurs qu’il met en lumière telles que la bravoure et la résilience, ont un écho particulier en ces temps troublés.
Ce roman est une manière de nous rappeler que l’héroïsme n’appartient pas au passé. De l’image légendaire aux hommes et femmes ordinaires qui accomplissent des actes de courage, l’héroïsme a traversé les siècles et demeurera une valeur moderne.                                                  
À Saint-Quentin comme partout en France le citoyen sera toujours un mur face aux attaques des assaillants. »

Xavier Bertrand et Jean-Pierre CrosetXavier Bertrand et Jean-Pierre Croset à la librairie Cognet le 21 mai 2016 lors d’une séance de dédicace.

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