L'Héritier du roi Arthur

Chroniques des prophéties oubliées - Tome 1

Cv l heritier du roi arthur newRoman de Bertrand Crapez

ISBN 978-2-84859-145-2
320 pages - 20 €
Broché - Grand format

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Revue de presse

Découvrez l’univers de L’héritier du roi Arthur, des extraits, des jeux, les easter eggs…

Ce roman a reçu le prix 2017 de la ville de Somain, catégorie Adulte, et la plume d'or 2018, catégorie Imaginaire, des lecteurs du site littéraire Plume libre.

Présentation

Le royaume de Logres court un grave danger. Le roi Arthur est devenu trop vieux, ses chevaliers ont disparu, Merlin a perdu ses pouvoirs et Galaad a soif de vengeance !

Kadfael, le jeune protégé de Merlin et fils de Perceval le Gallois, va tenter l’impossible pour trouver le Graal, protéger Excalibur et rendre au royaume sa splendeur perdue. Aidé de son vieux maître, d’un nain bougon et d’Adélice, une fée aussi courageuse que troublante, il sera confronté à des situations plus périlleuses les unes que les autres.

Hommes, fées et nains devront s’allier pour éviter la destruction de leur monde. Réussiront-ils à vaincre Vikings, dragons, banshees, trolls à la solde de Galaad, le chevalier félon ?

À mi-chemin entre les récits de chevaliers de la Table Ronde, les légendes celtiques et la mythologie scandinave, L’Héritier du roi Arthur plonge le lecteur dans un univers épique peuplé de héros et de créatures fantastiques, drôles ou terrifiantes !

Bienvenue dans un nouveau monde de fantasy…

Extrait

Royaume de Logres, un jour d’été.
Trois gardes armés, postés en haut des tours de la barbacane d’Uther, surveillaient distraitement les alentours tout en se réchauffant aux premiers rayons du soleil. Ils profitaient tranquillement de la brise douce et tiède de ce début de journée. Il faisait bon respirer l’air chargé des effluves de fleurs des champs et de pain tout juste sorti du four… La vie était tout de même bien agréable à Camaaloth.
– Demain, j’emmène mon fils à la pêche, dit Herbioc, un vieil arbalétrier au teint hâlé.
– Faudrait déjà que tu apprennes à accrocher correctement un appât à l’hameçon ! répondit en riant l’un de ses équipiers.
– Ouais, montre-lui plutôt comment attraper une truite d’un coup d’arbalète, là il sera épaté ton môme !
Ses compagnons rirent de bon cœur, et Herbioc, lui-même, sourit à la plaisanterie. Ils n’avaient pas totalement tort, les bougres ! La pêche n’avait jamais été son fort, mais il était persévérant.
– C’est ça, riez, bande de manants, riez… Un jour, vous verrez ce que j’attraperai. Et pas besoin de tirer une flèche, je réussirai avec un asticot ! Ce sera à la loyale et mon fils sera fier de moi.
Pensif, il se leva et s’avança à pas lents vers le bord de l’échauguette. L’homme porta son regard vers l’horizon, les yeux dans le vague, un léger sourire aux lèvres. Il posa un pied prudent sur une grosse pierre aux bords friables. Depuis quelque temps, le château et ses fortifications commençaient à accuser le poids des ans. En étant un peu attentif, on pouvait remarquer que çà et là le mortier s’effritait, et des arbustes montraient le bout de leurs feuilles là où il n’aurait dû y avoir que de solides moellons… Les nuages au loin devenaient menaçants, et un vent frais se fit peu à peu sentir.
Les traits de l’arbalétrier se figèrent soudain, et son corps se tendit imperceptiblement. Portant sa main en visière, il plissa les paupières et scruta le lointain.
– Qu’est-ce qui se passe ? demanda l’un de ses compagnons.
Herbioc ne répondit pas. Intrigués, ses camarades se levèrent comme un seul homme et le rejoignirent sur le rempart. Ils ne distinguaient rien de particulier, mais comme leur collègue était réputé pour avoir la meilleure vue de toute la garnison, ils regardèrent plus attentivement.
– Un nuage de poussière, là-bas… sur le chemin qui vient de Trondheim, murmura Herbioc, comme si le fait de hausser le ton pouvait estomper la vision ténue de ce qui n’était encore qu’un événement anodin.
Ses deux camarades plissèrent davantage les yeux, essayant de voir par eux-mêmes.
– C’est un chevalier ! s’écria-t-il brusquement. Il est en armure, je distingue son bouclier…
Au même moment, surgissant de nulle part, une nuée de vautours apparut dans le ciel nuageux et survola les gardes à la vitesse de la tempête. Par réflexe, ils se baissèrent et eurent juste le temps de voir les charognards se diriger d’un bloc vers la grande tour où Merlin avait l’habitude de travailler. Surpris et presque apeurés, les trois hommes n’osèrent pas se relever tout de suite. Herbioc, moins impressionnable que les autres, les exhorta pourtant à revenir observer le visiteur.
– Ce ne sont que quelques oiseaux, allons ! Venez par ici plutôt…
L’homme qui approchait était bien un chevalier en armure complète. Tout dans son équipement était de blanc ivoire, de la tête aux pieds. Sa visière était baissée, et il montait un puissant destrier à la robe brumeuse. Le cheval, enveloppé d’un élégant caparaçon de soie couleur sang, galopait à vive allure, ses sabots semblant à peine toucher le sol.
Chose étonnante, un marteau de guerre, et non une épée, pendait au côté du mystérieux cavalier. Mais ce qui était le plus remarquable, c’était le bouclier qu’il portait au bras gauche. L’objet n’offrait pas au regard n’importe quel blason : sur la blancheur de la neige se dessinait une grande croix rouge.
– Galaad ! C’est le seigneur Galaad ! Ce sont ses couleurs, il est revenu !
Les trois hommes poussèrent des cris de joie. Comme s’il les avait entendus l’acclamer, le visiteur accéléra l’allure et arriva quelques instants plus tard à la hauteur de l’avant-poste fortifié. Il mit son destrier au pas, mais resta impassible face à son comité d’accueil, pendant que sa bête piaffait et caracolait, tout à l’agitation de la course. Au sommet de la tour, les gardes se penchèrent pour saluer comme il se devait celui dont on n’attendait plus le retour.
– Bienvenue, messire. Quelle joie de vous revoir !
– Longue vie au seigneur Galaad ! Vite, allons prévenir le château…
Malgré la chaleur de ces salutations, le cavalier gardait le silence. Il n’avait même pas la courtoisie d’ôter son heaume afin de confirmer, comme il se devait, son identité, son rang et les raisons de sa visite… Herbioc, qui était le plus expérimenté, trouva cette attitude peu conforme aux usages. Qui pouvait bien être cet homme qui arborait tous les signes distinctifs du seigneur Galaad mais ne daignait pas se découvrir ni simplement leur répondre ? S’agirait-il d’un imposteur ?
Comme s’il voulait ménager un effet de surprise, le chevalier à la croix de sang finit par relever lentement sa visière. Les gardes restèrent bouche bée devant le spectacle peu commun qui s’offrait à eux. Le visage aux yeux clos qui se dévoilait était d’une pâleur mortelle et affichait la troublante fixité des masques funéraires. Quel contraste avec la jeunesse et la joie de vivre qui étaient les siennes, bien des années auparavant !
Oui, certes, on pouvait considérer que cet homme avait quelque parenté avec le seigneur Galaad, mais était-ce lui en personne ? Autrefois avenant et enjoué, il ressemblait plus en cet instant à un cadavre endormi qu’à un homme en pleine possession de ses moyens. Les gardes s’étaient tus et détaillaient avec méfiance cet étrange visiteur qui persistait à garder les yeux fermés. Le soleil ne brillait pourtant pas au point de l’éblouir ! Que signifiait cette mascarade ? Herbioc et ses camarades, de plus en plus nerveux, commencèrent à resserrer l’étreinte de leurs doigts noueux sur la garde des épées et la poignée de leur arbalète.
Soudain, comme mues par des ressorts, les paupières pâles s’ouvrirent d’un coup : des globes oculaires entièrement bleus, sans vie, sans âme, les dévisageaient froidement. Tétanisés par cette vision surnaturelle, les gardes restèrent immobiles, absorbés dans une contemplation malsaine de ce qui n’était plus désormais un chevalier de la Table Ronde, mais une engeance diabolique et menaçante. Galaad, ou ce qui en tenait lieu, releva légèrement la tête. Son regard glacial plongea droit dans celui d’Herbioc. Hypnotisé, l’arbalétrier semblait incapable du moindre mouvement, sa volonté totalement soumise à la force mentale de son adversaire. Il fixait intensément le chevalier, sans ciller, comme si sa propre vie en dépendait. Une communication muette s’opéra entre les deux hommes, le temps d’un battement de cœur.
– Oui, maître, dit Herbioc à voix basse, inclinant la tête avec déférence.
Pris au piège des yeux diaboliques, il avait involontairement signé l’arrêt de mort de ses amis. Se retournant sans hâte vers eux, il brandit son arme et, sans hésiter, décocha un trait qui les transperça de part en part. Surpris, ils n’esquissèrent pas le moindre geste de défense ; ils s’écroulèrent sur le sol, mortellement touchés, crachant des filets de sang noirâtre. Herbioc n’eut pas un regard pour les deux victimes. Posant son arme contre le mur comme si de rien n’était, il prit le cor attaché à sa ceinture et le porta à ses lèvres. Il souffla vigoureusement, faisant retentir plusieurs coups brefs. Plus loin d’autres gardes, postés sur les murailles du château, reconnurent le signal et donnèrent aussitôt des ordres pour baisser le pont-levis. Les vieilles chaînes en acier valkyrien commencèrent à grincer, relevant la lourde herse qui protégeait l’accès à Camaaloth.
– Vous pouvez entrer, maître.
Le soldat, devenu malgré lui un traître et un renégat, avait parlé d’une voix monocorde. En vérité, à ce moment-là, Herbioc ne savait même plus qu’il avait une famille. Son esprit envoûté par le regard de Galaad lui avait fait tout oublier, jusqu’à son épouse et son fils. Ses propres yeux étaient devenus, eux aussi, entièrement bleus, exactement comme ceux de son nouveau maître.
L’étrange chevalier esquissa un léger sourire, baissa la visière de son heaume et, éperonnant sa monture, partit au galop vers la forteresse, ignorante du danger qui approchait.