Le roman poignant d’un exilé kurde dans le Paris contemporain
« Fawaz Hussain invente un personnage qui lui ressemble trait pour trait (Kurde de Syrie, arrivé en France il y a cinquante ans, ancien professeur, écrivain) et le promène dans un Paris populaire où chaque commerce, chaque silhouette croisée déclenche un souvenir, une digression, un vertige temporel. Le quartier Gambetta, le boulevard Mortier, le café-restaurant kabyle, La Petite Affaire avec ses produits en bout de course : Fawaz Hussain cartographie un Paris des étrangers qui vieillissent dans des immeubles où les Subsahariens côtoient les Kabyles, les Ukrainiennes, les dealers, les fantômes. La topographie parisienne se superpose à la Mésopotamie de l’enfance, cette ville ocre du nord-est syrien qui “ressemble à une tablette d’argile remplie de cunéiformes, soigneusement tracés par le calame du Tout-Puissant en personne”. Un figuier stérile, trois grenadiers aux grenades fendues, un puits tari : le village natal revient par fragments, avec une précision sensorielle qui doit autant à la mémoire involontaire qu’à la volonté farouche de ne rien laisser s’effacer. [...]
Baudelaire traverse le livre comme un compagnon familier. [...] Cioran, convoqué deux fois, fournit la légende de cette timidité brûlante. [...] La grande affaire de ce livre, celle qui irrigue chaque page, c’est la solitude. Fawaz Hussain en explore toutes les textures : solitude du retraité dont le téléphone sonne rarement, solitude de l’écrivain qui écrit en français tout en rêvant en kurde, solitude du père séparé de sa fille depuis quinze ans. [...]
Fawaz Hussain reprend à García Márquez sa devise : “Le secret d’une bonne vieillesse n’est rien d’autre que la conclusion d’un pacte honorable avec la solitude”. Mais le Kurde errant, lui, signe un pacte moins résigné. Il va chercher Cioran au cimetière du Montparnasse, se trempe sous l’averse d’un square pour communier avec Sohrab Sepehri et sa conviction que “La vie n’est qu’un baptême perpétuel”, et lève la tête vers les martinets, ceux que René Char voyait si “à l’étroit” au sol et dont le ciel sans horizon reste le royaume. [...]
Lire la critique complète de Jean-Jacques Bedu sur le blog littéraire Mare-Nostrum